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C'était un lundi comme les autres et, il y avait des feuilles mortes par terre; c'était bien l'automne. Impeccable dans des habits chics qui faisaient plutôt classe, Océane s'avançait au comptoir. Oh! Il s'agissait d'une action anodine : la jeune femme déposait un peu de l'argent qu'elle avait reçu dans son compte de banque. Comment et pour quelles raisons cela aurait-il pu attirer l'attention ?
Non loin de là, de l'autre côté de la rue, accourait Amélie. L'air déterminée et sur les nerfs, elle poussa violemment la porte et sans se soucier des regards, marcha droit vers une chaise qui était là pour accueillir les clients et s'y assit. Puis, comme à chaque fois qu'elle était dans un lieu public, elle observa les gens qui patientaient, amusée. C'était toujours intéressant d'observer les gens lorsque vous faisiez une entrée en grande pompe. Les gens oublient vite cependant, et Amélie pu continuer à détailler l'environnement avec délice. C'est là que ses yeux se posèrent sur Océane…
Océane n'avait pas raté l'entrée tonitruante d'Amélie. Elle avait froncé les sourcils devant l'accoutrement de la jeune turbulente : rouge à lèvres écarlate, habillée en noir de la tête aux pieds, les cheveux un peu fous (intentionnellement, songeait-elle), son teint pâle et ses grosses godasses qu'elle traînait au sol, tout cela lui donnait une allure plutôt négligée. En plus, elle me nargue avec son sourire. Mauvais. La femme soupira : une sale gosse qui cherchait l'attention, une de plus !
*L'ai-je contrariée ? Oh, mais c'est qu'elle est bien foutue, en plus ! Les rondeurs aux bons endroits, hum hum… Il me faut absolument son numéro.
Un sourire, un de plus, et les amabilités échangées avec le caissier, Océane tourna les talons.
* Putain, mais qu'est-ce qu'elle veut ! Je jurerais qu'elle attend quelque chose de moi ! Son regard… j'ai toujours détesté les adultes toujours gosses dans leurs têtes. *Et ce sourire ! Qu'es-ce que c'est que ce sourire torve ? *Ah, elle me cherche ?! Eh bien, je suis sortie !
Je souris un peu plus, avec malice. La grande dame en blanc évitait de se retourner et supportait le poids de mon regard inquisiteur dans le creux de son cou. Là où je rêvais d'y faire courir une douce et innocente brise bien chaude… De par sa posture, je la devinais tendue et crispée par la peur… la nervosité, ou… par impatience, peut-être. En tout cas, je pouvais être fière : j'étais en train de lui faire mon petit effet. Un très bon début, en soit!
*Mon dieu, si elle continue comme ça une seconde de plus, je jure que je vais lui parler en face ! J'avais beau être très tentée et sous pression…. j'abdiquais plutôt vers la porte. *Espérons que cette gamine ait un minimum de savoir-vivre. S'il fallait qu'elle ouvre les hostilités en public… ou… la drague… Mon dieu, faites que ce ne soit pas ça. J'avais envie de vomir. L'homosexualité me rendait carrément malade. Je fus très reconnaissante à Monsieur le Vent de m'accueillir de l'autre côté de la vitre. Je respirais mieux. Sauvée ? C'est alors qu'avec effroi, je vis la femme, toute de noir vêtue, se lever, confiante, de son mobilier à quatre pattes, toujours avec un sourire " scotché " au visage et prendre la direction de la sortie, sans cérémonie. Est-ce que je me faisais des films ou cette femme en avait vraiment après moi ? J'aurai préféré que non, mais elle ne l'entendait pas ainsi.
Je prenais mon pied ! C'était formidable de s'amuser aux dépends d'une autre ! À en juger par la douce peur ou le profond mécontentement qui était contenu dans les expressions du visage de la dame en blanc, c'était une pauvre hétéro effrayée. Oui, sauf que si ça avait vraiment été le cas, elle se serait carrément enfuie en courant depuis longtemps ! Cette pensée fit presque rire Amélie et elle découvrit un peu plus les dents. C'est ça, cocotte. Laisse tantine t'initier à un art ancien qu'elle maîtrise, disons… depuis son plus jeune âge ! Eh eh… La jeune fille poussa la porte, aux anges. L'on allait pouvoir s'amuser…
-Bonjour! Beau temps, n'est-ce pas ? -Bonjour… murmura Océane. On se connaît ? -Oh ! Eh bien, je ne crois pas ; aussi, je propose que nous fassions connaissance dans un café, comme cela, nous pourrons dire que nous nous connaissons !
Du gâteau, m'affirmais-je, confiante.
-Eh… je ne vois pas pourquoi. Z'êtes gonflée, tout de même ; vous matez souvent les clients de la banque de cette façon ? -Bien… j'adore ! Oh… et si l'on se tutoyait, plutôt ? -Je ne converse pas avec des inconnus dans la rue, sachez-le. -Oh ! Et madame tient au " vous ", apparemment ! Soit, je… -Ah ! Cessez votre cirque et écoutez ! Je n'ai pas que cela à faire, de converser avec des inconnus ! Et ! -Converser, converser ! Mais de quel temps est-ce que tu viens ! Analyse-moi ceci : 2009, et pas une grande différence d'âge. Pas à ce que j'entrevois. Pourquoi toutes ces formalités ? Tu es seule ? -Nan. -Nan ? -J'ai dis non. -Tu mens. -Écoutez… je n'ai pas de temps à… -Tu ne veux rien entendre aujourd'hui. Très bien. Donne-moi une minute. -Que… qu'est-ce que… -Une minute ! -Eh ! Lâche-moi ! -Voiiiiiilà ! -Qu… -Mon numéro de téléphone ! Et par là, mon appartement. Ce fut un plaisir. À plus ! -Mais !
Je rigolais. Cette nana était marrante. Est-ce que j'étais triste pour autant ? Mon rire sonnait faux, mes yeux étaient tristes. Je ne me sentais pas triste. Non. Je "devais" être triste. Je "devais" aussi me mentir. Je m'haïssais. C'était clair. M'arrêtant au coin de la rue, je me retournai complètement, les mains dans les poches. Trahir mes sentiments ? Pas question ! Sereine, j'attendais de voir sa réaction…
Effrontée en plus ! 819-548-6639, Amélie. Amélie ? Elle ne manque pas d'air, celle-là ! Je ne frottai cependant pas ma main avec de la salive. Ce qui ne signifiait pas que je l'acceptai ! Glacée, furieuse, je la foudroyai du regard et tournai les talons en maudissant tout bas ma malchance. *Ah ! C'était la première fois ! Ah ! Ma rage et ma haine étaient si intenses ! J'ai littéralement envie de broyer sa tête entre mes mains et la ruer de coups ! La violence ne me fait pas peur. Je l'accueille en moi comme s'il s'était agit d'un cadeau. Un cadeau ensorcelé.
Game Over. Non seulement sa fuite me démoralisait, mais en plus, toute envie de me distraire aux dépends des autres s'était transformée en franche emmerde. Ce qui rime avec carcasse. Lasse. Masse. Ou… glace. J'étais glacée jusqu'aux os et je ne cherchais qu'un peu de chaleur humaine. Morose, la joie m'ayant quitté tout à fait, je repris mon chemin. Naturellement, mes pas m'emmenèrent devant chez moi. Je vivais encore chez ma mère, la honte. Que voulez-vous… certains n'ont pas de chance dans la vie et d'autres… d'autres sont vraiment incapables de vivre seuls. S'ils le faisaient, ils mourraient de chagrin, un peu comme ces animaux que l'on abandonne, ces chiens sans maîtres qui périssent, faute de recevoir leur dose quotidienne d'affection dont ils crèvent d'envie d'être satisfaits. Non pas que je sois un chien ou que je me compare à un animal. Non. Je détestais toute espèce n'appartenant pas à la famille des heureux homos sapiens ! Seulement, à la seule pensée qu'un chat puisse recevoir plus d'amour qu'un être humain, j'avais envie de mourir.
Amélie. Tu l'imagines. Tu lui inventes un monde. Tu PENSES à elle. Tout le temps. -Non ! Elle est énervante, effrontée. C'est qu'une sale gamine ! Elle n'est RIEN pour moi !!! Je hurlais ; normal, j'étais furieuse ! Je ne comprenais pas pourquoi j'étais si troublée. Si déstabilisée. Une puissante part en moi réclamait sa présence de tout son être. Je ne pouvais pas lutter contre ça… Je regardai une dernière fois le numéro de téléphone inscrit sur la paume de ma main… et passai à l'action.
Chez Amélie…
Attendrie par autant d'attention de sa part, je tapai une réponse au jeune homme que je savais beau au clavier de mon ordinateur. Ah, Frank, si tu n'existais pas, il faudrait t'inventer ! -Chérie, téléphone ! -2 minutes, m'man ! Je parle à Franck ! Heu… c'est qui !
À 18 heures, j'étais intriguée. Personne n'appelait chez moi à cette heure-ci.
Moment de silence.
-Océane ! -Quoi ! Pas facile la conversation sur deux étages à l'intervalle.
-Tiens. -Mais euh !!!!! 'Suis occupée là, m'man ! -Sauvage. Ne fais pas attendre les gens. -Bon, bon… oui ? -Bonsoir !
La voix était enjouée. Je souris en reconnaissant le timbre de voix de ma récente conquête. Celui qui a dit qu'il ne fallait jamais vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tuée était stupide… ou n'avait jamais entendu parler de moi ! Quoi qu'il en soit, cette maxime était trop débile.
-Bonsoir, la dame en blanc ! Fais aller ? -Oui… désolée pour tout à l'heure. Pourrait-on se tutoyer ? -Bien sûr. Je devine que tu aimerais remettre ça ? -Comment ? -Bien, notre rencontre autour d'un café bien chaud. -Tu veux dire… -Sortir… discuter tranquillos… -Oui, mais pas ce soir. -Ok ! Que dirais-tu de se voir demain à 19h, au même endroit ? -Oui, pourquoi pas. -Parfait ! Je t'attends à la banque à cette heure-là. Bonne nuit, ma dame en blanc. -Bonne nuit…
*Clic*
Ça y est. Les dés sont jetés. Plus le choix d'avancer, n'est-ce pas ? |