Une vie à 200 km/h

Chapitre 1




Un jour comme les autres à Moscou. Oh non, pas un grand jour de beau soleil avec des gens pleins les rues qui se promènent avec leurs enfants. Plutôt un jour de pluie éternelle qu'on croit que ça ne s'arrêtera jamais. Et le thermomètre, je n'en parle même pas. Disons que ma grosse veste de pompier de la brigade d'intervention de Moscou, a beaucoup de mal à me garder au chaud. Même mes collègues masculins, qui montrent leur virilité à tout bout de champs, ont du mal à résister à ne pas claquer des dents.

"Equipe 6 au rapport" appelle un haut-parleur.

On vient à peine de rentrer de notre dixième interventions sur 6h de garde. Même pas le temps de se poser 2 minutes qu'on se fait appeler pour un rapport. Pourquoi faut-il toujours rendre des comptes sur nos interventions. Je monte donc les quelques marches vers le bureau de mon capitaine avec le reste de mon équipe. Une équipe que je forme depuis mon arrivée il y a 5 mois, avec 3 hommes originaires de Moscou même. Je suis la seule femme pompier de Moscou et sûrement de toute la Russie aussi. Ce pays est resté très en marge en ce qui concerne les femmes, surtout dans les métiers dit masculin. Mais bon, en 5 mois de service ici, et 2 ans à St Pétersbourg, j'ai réussi à me faire respecter par tout ces hommes. Certes, au début j'ai eu le droit aux remarques sexistes mais maintenant c'est du passé. Je me sens très bien intégrée dans mon équipe et même dans toute la brigade. Maintenant, je sais que les quelques remarques de mes collègues sont juste des blagues. Par contre, dehors, c'est autre chose. Heureusement que j'ai 3 collègues musclés avec moi, parce que certains patients refusent encore de se faire aider par une femme, même au bord de la mort. Rassurez-vous ce n'est pas comme ça dans tout les métiers, mais chez les pompiers c'est comme ça.

Après le rapport de l'intervention précédente, un petit feu de poubelle qui a finit par enfumé tout un immeuble mais sans blessés, je me permet une petite pose dans le salon, c'est la salle où on va pour se décontracter quand on n'a pas de missions. Elle est assez grande, bien plus grande que celle de St Pétersbourg. Il y a une télé, un poste de radio, un billard, un baby-foot, un grand canapé, des machines à café et des appareils de musculations. Je me prend un bon café et m'installe sur le canapé, très vite imitée par Sati, un des gars de mon équipe. Il est grand, blond aux yeux verts et assez beau garçon. Je me sens complètement épuisée. Je viens de faire 6h de garde, une dizaine d'interventions dont une grave et il me reste environ 6h à tenir. A ce rythme là, je serais sur les genoux avant la fin de la garde.

"Alors Volk, on va boire un verre après la garde ?" me demande Sati.

Ca fait 5 mois que je travaille avec lui et 5 mois qu'il me demande chaque jour si on va boire un verre après la garde. Et à chaque fois, je lui répond la même chose :

"Dans tes rêves Sati"
"Allez Volk, laisse tomber les femmes, vient avec moi et je te montrerai ce que vaut un homme"
"C'est sûrement pas avec ce genres de remarques que je vais sortir avec toi" et je me lève du canapé pour aller vers une pile de magazines. Je ne suis pas fâchée, je le connais trop bien et quoique je dise, j'aurais la même question demain.

Oui, c'est vrai. J'aime les femmes. Je les ai toujours aimé, depuis que je suis toute petite. Il y a eu d'abord ma mère, puis mes maîtresses d'écoles et mes professeurs de collèges et lycéens, comme tout le monde. C'est au lycée, vers l'âge de 16 ans que j'ai commencé à fréquenter les filles, à fréquenter tout court d'ailleurs. Maintenant j'en ai 29 et je continue à ne m'intéresser qu'aux filles. Je n'ai jamais été avec un homme. C'est quelque chose que je peux pas m'imaginer. J'aime beaucoup la compagnie des hommes, je m'entends bien avec mes collègues, j'ai des amis masculins mais, sexuellement c'est pas possible. Je sais qu'il n'y a que des femmes qui peuvent me donner ce dont j'ai besoin. Autrement, comme tout le monde, j'ai eu des relations durables dont une de 3 ans et des relations sans lendemain, des relations banales, des relations intenses et des relations qu'on veut vite oublier.