Une vie à 200 km/h

Chapitre 2




La vie à la brigade est vraiment incroyable. Les gardes sont toujours de 12h, peu importe l'intensité du travail. Quand je commence ma garde, j'ai à peine le temps de m'équiper que les interventions s'enchaînent déjà. Souvent, les gens appellent pour des banalités, des chats qui ne redescendent plus de l'arbre, des étourdis qui ont oublié des clés à l'intérieur et se retrouvent coincés dehors. Le pire c'est que quand ils appellent, ils inventent une histoire grave et quand on arrive sur les lieux, le plus gros blessés a une légère coupure à la main. Bien sûr, on a des interventions graves, très grave même. Des feux, des accidents graves. Les feux, en ce moment ça va, avec la pluie qui tombent, ils sont vite éteint. Mais la spécialité en temps de pluie c'est les accidents de la route. Encore cet après-midi, on est intervenu sur un accident de circulation, un jeune motard sans casque qui s'est crashé dans une camionnette après avoir grillé un feu rouge. Autant vous dire tout de suite, il n'a pas survécu. Ca fait toujours mal de voir partir quelqu'un, surtout si jeune, mais on est obligé de passer à autre chose, de ne pas y penser, sinon on deviendrait dingue avec tout les gens qu'on voit blessés, mourrant ou même déjà mort.

Voilà, j'ai à peine le temps de finir mon café que l'alarme se remet à sonner. Etant donné qu'il est déjà 22h, il n'y a plus que 2 équipes et l'autre est déjà partie sur une autre intervention. J'attrape ma veste et descend l'escalier vers les casiers. Je prend mon casque et en allant vers le camion, je lis l'ordre de mission. Un grave accident sur l'autoroute impliquant au moins 5 voitures pour le moment. Là, c'est hyper sérieux, plus le temps de parler. Je grimpe dans le camion et Mayun met le moteur en marche et quitte l'entrepôt. Mayun a 47 ans, c'est le plus vieux de l'équipe mais il a la forme. Il est d'origine asiatique et a des cheveux noirs qui commencent à devenir blanc à certains endroits, ce qui lui vaut beaucoup de commentaires, toujours dans le ton de l'humour. L'autre gars de l'équipe c'est Serguei. Il est de taille moyenne pour un homme de 34 ans et a les cheveux bruns, assortis à ses yeux noisettes. C'est un discret, on ne connaît pas trop sa vie, mais c'est un très bon coéquipier. Il m'a déjà sauvé la vie une fois. J'étais prise dans un cercle de flammes. Je commençais vraiment à désespérer quand je l'ai vu arriver. Je l'appelle souvent 'mon sauveur' mais comme c'est un timide, il n'aime pas ce surnom.

On roulait vers l'accident le plus vite possible. La pluie tombait de plus en plus forte. Il y a vraiment des jours où on se demande d'où peut venir toute cette eau. En 20 minutes, nous voilà sur les lieux de l'accident. C'est un vrai carnage, des tôles de voitures froissées, des morceaux éparpillés un peu partout, il y a déjà plusieurs voitures de police qui ont été appelés pour régler la circulation. Nous sommes arrivés avant les ambulances et sommes les seuls pompiers sur place. J'inspecte les lieux autour de moi. Il semble y avoir une dizaine de corps allongés sur le sol. Certains bougent, essayent de se lever, certains hurlent à la mort et d'autres ne bougent pas.

Je m'approche d'un blessé à terre. Il y a une femme à genoux à côté de lui qui semble le toucher. Une femme avec de long cheveux roux, c'est tout ce que je vois de là où je suis. Il faut dire que la vision est très limitée avec toute cette pluie. Pareil pour les sons. J'entends les gars de mon équipe hurler quelques ordres et conseils. Je m'approche de la femme.

"Excusez-moi"

Elle ne semble pas m'entendre, alors je répète plus fort.

"Excusez-moi, s'il vous plait"

Elle se retourne d'un geste brusque et me fixe avec ses grands yeux qui me semblent verts de là où je suis.