Une vie à 200 km/h

Chapitre 39




  5 mois… Ca fait 5 mois que tout ça dure et ça commence à faire long. Ca fait 5 mois qu'on se rapproche pour mieux repartir chacune de son côté juste après. Ca fait 5 mois que j'ai envie de l'embrasser chaque fois que je repars de chez elle.

Ca n'a pas été 5 mois de bonheur comme on pourrait le croire. Oui, on s'est vu régulièrement, quasiment 3 fois par semaine parfois ces dernières semaines. Oui, j'ai vu mon fils presque tous les week-ends et quand ce n'était pas le week-end, c'était pendant un jour de congé en semaine. Oui, on se parle encore, on s'aime encore.

Non, ça a été 5 mois de frustrations, de désillusions chaque fois que j'avais l'impression qu'on se rapprochait et qu'elle ne me demandait pas de rester. 5 mois de disputes aussi, quand on revenait sur le "sujet qui fâche".

Pendant ces 5 mois, j'aurai pu coucher mon fils tous les soirs, embrasser l'amour de ma vie tous les jours et lui faire l'amour comme elle le mérite… Si je n'avais pas été aussi têtue.

Chaque fois que je suis à la caserne et que les collègues me posent des questions, je leur dis que tout va bien, que je supporte la situation. Evidemment, c'est faux.

Ils ne savent pas que le boulot est au centre de notre rupture. Ils pensent que c'est la naissance du petit qui nous a éloignées. Pas du tout. Qu'est-ce que j'aimerais être près de lui, d'elle, tous les jours…

Ca fait bizarre de se dire que je donnerais tout pour être près d'eux alors que j'ai refusé de quitter mon emploi pour eux. Je dois être stupide… Non, c'est elle, elle n'avait pas le droit de me demander ça…

Je suis interrompue dans mon monologue intérieur par l'alarme de la caserne qui se met à sonner. J'entre rapidement pour retrouver mon équipe près du camion.

"Un incendie dans une maison en banlieue"

J'attrape mon casque et grimpe dans le camion.

Au bout de 10 minutes, on arrive sur les lieux de l'incendie. La maison brûle encore. Les mecs se dépêchent de déballer le grand tuyau.

Je fais un appel avec la radio quand j'entends une femme hurler derrière moi.

"Mon bébé… enfermé dans maison… Aidez-moi"

Elle parlait à peine le russe et son manque de souffle n'arrangeait rien à la compréhension. Elle doit voir mon air incrédule alors elle répète.

"Mon bébé enfermé dans maison. Vous devoir m'aider"

Je réagis enfin.

"Dans quelle pièce ?"

Elle me regarde, l'air de ne rien comprendre.

"Où ?"

"Chambre bébé, étage après escalier"

Sans lui répondre, je commence à courir vers la maison. Je passe près de Sati et Samuel, le nouveau de l'équipe.

"Il y a un bébé enfermé dans une des pièces" dis-je en criant. "Sécurisez le périmètre, j'y vais"

Sati me retient par le bras alors que je partais déjà vers la maison. Je sais qu'il ne veut pas que j'y aille mais il baisse les yeux lorsqu'il voit mon regard déterminé et insistant.

"Fais gaffe à toi" se contente-t-il de me dire finalement.

Très vite, j'entre dans la maison. Je repère l'escalier mais il y a une barrière de flammes entre la porte et le début des marches. Je ne saurais pas passer par là. J'analyse rapidement la situation. Le seul passage est là, je ne vois pas d'autre solution.

Je retire la bouteille d'oxygène de mon dos. Son poids trop lourd va me bloquer. Je prends ma respiration une dernière fois et je saute pour m'agripper à la rampe de l'escalier qui passe au dessus de ma tête. Quelques tractions sur les bras et j'arrive à passer mon corps de l'autre côté de la rampe pour atterrir sur les marches les plus hautes de l'escalier.

Je suis enfin à l'étage. La fumée est dense et ma vision est brouillée par le manque d'oxygène à cause de l'effort que je viens de faire.

Je localise la chambre du petit. Je pousse sur la porte mais elle semble bloquée. Mince. Je n'ai pas de bélier. Je recule de quelques pas et fonce sur la porte, épaule en premier pour la défoncer. Une fois. Deux fois… Trois fois. Ca s'ouvre enfin. Je pousse difficilement un tas de gravats venant du plafond avant de foncer vers le bébé qui pleurait.

Quand je l'attrape dans mes bras, je ne peux pas m'empêcher de penser à Tristan. Ils doivent avoir le même âge.

Retourner par le même chemin serait trop dangereux pour le petit. Il ne reste que la fenêtre de sa chambre. Quand je m'approche pour observer, je tombe nez à nez avec Samuel.

"C'est par là la sortie mademoiselle" me dit-il avec un sourire.

Je lui passe le petit et enjambe la fenêtre pour me retrouver sur l'échelle. Arrivée en bas, je m'écroule. Sati se précipite sur moi pour me mettre le masque à oxygène.

"Où est ta bouteille ?" me demande-t-il.

Je lui montre la maison de la tête. Il se contente de faire un signe en haussant les épaules.

"Tu es irrécupérable toi"

Il m'aide à me lever.

"Tu vas avec l'ambulance qui amène le bébé à l'hôpital. Tu as pris trop de fumée"

Il m'emmène, malgré mes protestations.

10 minutes plus tard, nous arrivons à l'hôpital. Le petit est pris en charge par un groupe de médecins et moi, une infirmière m'emmène en salle d'examen.

Après 40 minutes, Lena entre dans la salle où je suis.

"C'est bon, je vais finir son examen, merci"

L'infirmier sort sans rien dire.

"On m'a dit que tu étais là" me dit-elle sur un ton assez sec.

"J'ai sauvé un bébé ce soir"

Il y a un silence.

"Je sais. On m'a raconté"

"Comment va le petit ?"

"Il est tiré d'affaire… Grâce à toi"

Un nouveau silence gêné puis elle me regarde en souriant.

"Sati m'a dit que tu avais été géniale"

"Sati raconterait n'importe quoi pour me faire des éloges"

"Je le crois. Ce petit aurait pu mourir brûlé et toi avec. Tu as risqué ta vie pour le sauver"

Dans son regard, je sens pour la première fois, une pointe d'admiration.

"C'est mon métier" dis-je simplement, n'aimant pas les fleurs qu'on voulait me lancer.

Un nouveau silence pendant lequel, elle regarde mes petites blessures.

"Ca te dit de venir me raconter tes exploits devant un café. Ma garde va être finie dans 40 minutes et si je me rappelle bien de notre conversation téléphonique de hier, la tienne est finie depuis 10 minutes"

"Je t'attends dans le hall" lui dis-je avec un grand sourire.






Depuis le 26/05/2008