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"Alors, comment ça se passe, au boulot ?" me demande Lena après avoir bu une gorgée de son café. "Bien, le nouveau s'intègre bien et puis c'est un marrant. Et toi ?" "La routine. Je sauve des vies… Comme toi" Je lève ma tasse vers elle comme pour mimer un toast à notre métier. Elle sourit légèrement puis reprend son air sérieux. "Tu as beau faire un métier dangereux, tu sauves des vies et tu le fais bien" Je rougis légèrement au compliment. "Bah tu sais, j'ai une formation pour ça. Normal que je le fasse bien" "Non, il y a des médecins qui ont beau avoir une formation énorme, ils ne valent rien en intervention" "J'aime mon boulot alors je le fais bien, comme toi" "C'est ce que j'ai pu comprendre" me dit-elle simplement, ne semblant pas vouloir repartir aujourd'hui sur un débat concernant le danger de mon travail. Oui, je prends des risques, tous les jours, pendant les interventions. Oui, il y a des pompiers qui meurent en intervention. J'ai une pensée pour mon ami, Serguei. Mais c'est ma vie. Chaque fois que je sauve une vie, je ressens des choses en moi, comme un devoir accompli. Comme elle, certainement mais pour moi, il y a le danger de l'intervention en plus. Notre but est le même, c'est juste plus facile de rester debout à côté d'une table d'opération que d'aller extraire une victime d'une carcasse de voiture ou d'une maison en feu. "Et comment va Tristan ? Il est où en ce moment ?" "Chez la nourrice. Il a vomi cette nuit. J'avais du mal à le laisser. Je n'aime pas quand il est malade. Mais j'ai téléphoné avant de quitter l'hôpital et il allait très bien. Il n'a plus rien eu" "Il faut l'emmener chez le médecin" "Yul, je suis médecin. Je lui ai donné un petit médicament et il va très bien. Ne t'inquiète pas" Sa voix calme me rassure. C'est vrai, c'est elle l'experte en maladies. Si elle dit que tout va bien, alors je dois la croire. Mais c'est mon petit chou. "Tu veux venir avec moi le chercher chez la nourrice ? Il fait beau, on pourrait profiter pour aller au parc ensuite" Je souris. Je ne m'attendais pas à cette proposition mais ça me convient. Je paie les deux cafés puis je la rejoins dehors. On prend sa voiture, on passe chercher Tristan puis elle se gare devant l'entrée du parc. C'est vrai qu'il fait beau. Je sors le petit de son siège pendant qu'elle déballe la poussette. "Ca va aller" dis-je en souriant en la regardant se débrouiller. "Moque toi, vilaine" Une fois la poussette montée, je pose Tristan dedans. Il fait des gazouillis de joie. On dirait qu'il comprend qu'il va se promener. C'est la première fois qu'on fait ça toutes les deux depuis notre séparation. C'est la première fois que je vais me promener avec mon fils et l'amour de ma vie, en famille. Je souris tout en avançant à côté d'elle et de la poussette. Oui, c'est une belle journée. On fait le tour du parc, lentement et après 40 minutes de marche, je m'écroule sur le premier banc qui passe. "Ca va ?" me dit-elle en me rejoignant. "Oui. C'est juste que 12h de garde, une bonne dose de fumée inhalée dans la dernière et 40 minutes de marche sous le soleil, je commence à sentir un coup de fatigue arriver" "Je suis désolée" "De quoi ?" je lui demande en la regardant, étonnée. "De t'avoir proposé de venir te promener. Je pensais que ce serait une bonne chose de se retrouver un peu en famille et j'ai pas réfléchi au fait que tu devais être épuisée" Elle baisse la tête. Je me relève légèrement du dossier du banc pour me mettre face à elle. Je pose ma main sur son bras et j'avance mon visage vers le sien. Je reste à quelques centimètres d'elle. "C'était une superbe idée. J'adore. Ca fait du bien de sortir en famille" dis-je en insistant sur le mot famille pour appuyer ses propres paroles. Elle me sourit. Un petit moment d'intimité. Je devrais en profiter pour me rapprocher encore un peu mais je n'ai pas envie de la faire fuir. Elle détourne son regard, gênée pour jeter un coup d'œil à notre fils qui s'est endormi après 15 minutes de promenade déjà. "Je vois que la fatigue, c'est de famille" dis-je en plaisantant. "Dans ce cas, on devrait peut-être rentrer." Et merde. Voilà comment mettre fin à ce moment de bonheur. On va rentrer puis repartir chacune de notre côté. Combien de temps encore ça va durer ce jeu ? J'ai envie de revivre près d'elle. Je n'en peux plus. Je me lève, un peu déçue, sans un mot. Elle me rejoint, toujours avec son grand sourire. Pourquoi est-elle heureuse de me voir bouder ? "Arrête de bouder, chérie" Chérie ? Elle m'a appelée chérie. Waow, ce n'était pas arrivé depuis des mois. Elle regarde mon sourire puis se rend compte de ce qu'elle venait de dire. Je pensais qu'elle allait s'excuser mais au lieu de ça, elle hausse les épaules et me sourit en posant sa main sur la mienne sur l'appui de la poussette. On retourne sans un mot jusqu'à la voiture puis jusqu'à son appartement. Je porte Tristan, toujours endormi jusque dans son lit puis je reviens au salon. Elle m'attend sur le divan, un verre de martini. "Un petit apéro ?" me propose-t-elle en m'invitant clairement à la rejoindre. "Je veux bien" Je vais m'installer près d'elle. Elle attrape le verre sur la table et me le tend. "Au petit garçon que tu as sauvé aujourd'hui" me dit-elle en venant frapper mon verre. "A toutes les vies qu'on a sauvées toutes les deux et qu'on sauvera encore" Son sourire disparaît. Aïe. Je n'aurais peut-être pas dû parler de ça. "En espérant que ce ne soit pas la tienne que je doive sauver un jour, mon intrépide" Elle me regarde dans les yeux, comme pour me faire comprendre qu'elle venait de céder, d'accepter mon travail. Reste plus qu'à attendre qu'elle accepte de refaire sa vie avec moi. Elle savoure son martini tout en jetant des regards discrets vers moi. Je le sais parce que je fais pareil. "Si je commande au chinois, ça te va ?" me dit-elle d'un coup. C'est une invitation ? Comment refuser ? Même si je n'aimais pas le chinois, je dirais oui pour continuer cette belle soirée avec elle. Je ne voudrais pas lui sauter dessus en criant oui pour étaler ma joie alors je me contente de sourire en faisant signe que oui. Elle se lève, attrape le téléphone et revient sur le divan. Sans m'y attendre, elle se rapproche de moi et appuie son dos contre mon épaule. Naturellement, je lève mon bras pour qu'elle se mette dans le creux et je le repose sur son épaule. Pendant son coup de téléphone, le merveilleux parfum de ses cheveux affole mes narines. Je n'ai jamais oublié cette odeur. Je ferme les yeux, me revoyant m'endormir contre son dos, mon nez reniflant ses longs cheveux roux. Elle me sort de mon rêve en se retournant contre moi. "A quoi tu penses comme ça, avec ton grand sourire ?" Sans réfléchir, je resserre mon étreinte pour l'obliger à rester aussi proche de moi. "A nous" je lui réponds simplement en la regardant droit dans les yeux. La réponse et la situation semblent lui convenir puisqu'elle passe son bras sur mon ventre et pose sa tête sur ma poitrine. "Tu me manques" chuchote-elle. "Toi aussi" J'embrasse sa tête. Je la sens se détendre contre moi et j'en fais de même. Oh oui, quelle belle journée. Je crois que nous vivons un beau retournement de situation inattendu, mais tellement envié depuis des mois… Enfin, il est tant de penser de nouveau à ce mot "famille". |
