C'était le dernier jour des vacances des filles et le pot de cendres se trouvait toujours dans la maison. Il faisait beau et la température était remontée à la barre des cinq degrés, ce qui était jugé comme " doux " ici, à Moscou. Il était onze heures tapantes quand les deux jeunes filles sortirent de la maison. Elles prirent la voiture qui leur appartenait maintenant et allèrent vers le parc se nommant " le parc de la sagesse ". C'était un endroit que tout le monde connaissait, même si ce n'était que dans les récits. C'était un endroit paradisiaque, paraît-il, où régnait la bonne humeur et la joie. Yulia, seule propriétaire du permis, conduisit environ une heure et vit de loin le panneau annonçant l'entrée de ce parc. Elles laissèrent la voiture sur le parking, un peu plus loin que l'entrée et marchèrent main dans la main, en public, comme elles ne l'avaient jamais fait avant. Le parc reflétait tout ce qu'elles avaient pu entendre depuis leur plus tendre enfance. Dès qu'elles eurent franchi la porte voûtée en marbre de l'entrée, les filles se retrouvèrent sur une grande et longue allée bordée de statues en bronze. L'herbe était magnifiquement coupée, plus verte que jamais, et les fleurs qui bordaient l'allée, slalomaient entre les statues, les entourant de mille couleurs vives et de senteurs divines. On pouvait voir de petits bancs en acajou chaque cinq mètres, avec des accoudoirs en aluminium noir. De grands arbres centenaires étaient plantés plus loin dans le parc. Quelques saules pleureurs en bord d'allée, offraient des coins d'ombre aux gens qui se promenaient. Si l'on observait bien ces grands arbres, on pouvait y voir des écureuils sautant de branches en branches. Plus elles avançaient sur ces petits gravillons qui couvraient le sol, plus les filles étaient émerveillées par ce splendide spectacle.
Un peu plus loin dans le parc, des enfants jouaient sur un petit tourniquet en bois et quelque fois, on entendait des cris de joie ou des pleurs. Un marchand de gaufres se trouvant à proximité, faisait oublier leur douleur aux enfants et embaumait le parc d'une odeur sucrée. A côté du chariot à gaufres, il y avait un lac où barbotaient quelques canards et deux couples de cygnes. On pouvait y prendre une barque pour en faire le tour ou pour le traverser. Alors, sous le regard des promeneurs du parc, Yulia et Lena prirent une barque et se rendirent sur la rive voisine. C'était une petite forêt où jamais personne n'avait du mettre les pieds. Le chemin n'était pas très bien dégagé, mais l'espacement des arbres laissait paraître de fins rayons de soleil sur le sol. Un moment, les jeunes filles s'arrêtèrent près d'un arbre où Yulia venait de sentir la bonne odeur de la sève.
" _C'est bon, c'est ici qu'elle reposera. Loin du bruit, juste le chant des oiseaux, les rayons de soleil et quelques écureuils comme compagnie. Tout cela lui aurait plu, je crois. Tu crois que je me trompe ? soupira-t-elle de peur de faire une erreur.
_Non, tu as parfaitement raison, c'est parfait ! Je suis certaine qu'elle aimera. "
Yulia lâcha la main de sa petite amie et sortit de son manteau le petit vase avec les cendres de sa grand-mère. Elle écarta les quelques branches se trouvant sur le sol un peu humide et répandit les cendres. Elle prononça quelques mots et versa une larme, puis repartit main dans la main avec Lena. Cette dernière qui savait trouver les mots justes pour réconforter quelqu'un, lui dit tout en passant son bras autour de sa taille :
"_Tu as été très gentille, je suis sûre que ce que tu viens de faire pour Veronika, te sera rendu plus tard dans ta vie. Il n'y a pas beaucoup de personne qui aurait fait ça, mais toi, tu l'as fait ma chérie. tout en marchant.
_C'est juste une façon de lui dire merci, car je l'aimais sincèrement et après tout si je l'ai emmené ici, c'est par respect pour elle. dit-elle en recommençant à pleurer.
_Ecoute Yulia, on va pas repartir comme ça, tu veux pas rester un peu dans la forêt ? Nous dégourdir les jambes, ça peut pas nous faire de mal, puis ça te changera les idées.
_Tu as raison ! Promenons-nous un peu, surtout qu'aujourd'hui il fait très beau et que c'est notre dernier jour de vacances. Lança t-elle en souriant à nouveau. "
Les filles marchèrent longuement dans cette petite clairière, puis s'arrêtèrent finalement sous un bel arbre offrant de l'ombre. Cela faisait bien deux mois qu'elles n'étaient plus sorties ensemble se promener. C'était vraiment chouette, rappelant le bon vieux temps.
Lena s'allongea sur le sol, reposant sa tête contre l'arbre. Son ventre servait d'oreiller à la petit brunette, couchée en parallèle à la rouquine. Elles étaient heureuses et profitaient pleinement du lieu et de leur dernière journée de vacances. Yulia admirait le ciel sans nuage, qu'elle voyait à travers les feuilles des arbres bougeant sous l'action du vent. La rouquine elle, s'était endormie. Yulia se releva tout doucement, sans faire le moindre bruit et sortit un couteau de sa poche. Elle l'ouvrit et grava sur l'arbre un cœur dans lequel se trouvait les initiales " L et Y ". Une fois son œuvre achevée, elle s'assit devant Lena et l'observa. Elle adorait l'observer dans son sommeil, elle aurait pu y passer des heures entières. Elle sentait son parfum emmené par le vent, elle l'adorait. Alors elle s'approcha d'elle et lui fit un bisou tout doux sur la bouche. La petite marmotte ouvrit les yeux et quand ils rencontrèrent ceux de Yulia, elle ne put s'empêcher de sourire. Elle n'eut pas le temps de faire le moindre petit mouvement que déjà la brunette l'embrassait langoureusement. Lena adorait être embrassée de cette façon et Yulia le savait. Elle parcourut tout son corps de ses mains douces et une fois le baiser terminé, la rouquine lança en rigolant :
" _Tu sais, tu peux refaire ça quand tu veux…tout en faisant de grands yeux tout ronds.
_Ah mais, ça va devenir payant à force ! balança Yulia en explosant de rire.
_Même pour moi ? Pff…alors là, c'est pas cool ! Mais je suis sûre que des milliers de gens pourraient pour pouvoir t'embrasser rien qu'une seule fois…Tu le fais si bien ! dit Lena en tirant la langue.
_Je savais que tu n'y résisterais pas ! Je suis trop forte !
_C'est la fête des fleurs là, apparemment ! ironisa Lena en se levant.
_Mais non ! Tu sais bien que je rigole mon amour ! Aide-moi à me lever ! Il faut qu'on y aille, il est déjà dix-huit heures, le temps qu'on rentre, il sera l'heure de manger. rajouta t-elle en se relevant.
_Oui, allons-y ! Pas que nous soyons enfermées dans le parc toute la nuit ! "
Les jeunes filles repartirent sur le pas et arrivèrent à leur appartement une heure plus tard. Yulia mourait de faim comme si ça faisait quinze jours qu'elle n'avait rien mangé, alors que Lena n'avait pas faim du tout. Comme d'habitude, c'est la rouquine qui fit la cuisine, connaissant les piètres talents de cuisinière de Yulia. Elles ne tardèrent pas à se coucher, car le lendemain, elles reprenaient leur travail et il fallait être frais et dispo.