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La voix de son oncle, elle en était certaine, mais un autre nom lui revenait en tête, Vogiel… Son prétendu-oncle n'était pas son oncle, c'était Vogiel, il avait voulu la tuer et il l'avait séparée de Valentine! Mais d'où lui venaient donc ces étranges idées ? Des souvenirs lointains ? Elle ne put réfléchir plus longuement, elle se sentait lourde, ses yeux se fermaient, elle essayait de lutter, mais le sommeil vint de manière incoercible, et bientôt la pièce disparut totalement...
Soudain, elle était dans une rue ou plutôt une impasse. Les rires lointains d'une prostituée qui marchait aux côtés d'un homme richement vêtu, des mendiants qui se promenaient en loques, le hennissement d'un cheval, et cette enseigne " le pendu " peinte à la main et à peine visible dans cette sombre rue. Une autre époque… Une autre vie. Et puis, elle le reconnut, l'homme qui tenait fermement son bras et qui l'obligeait à avancer, cet homme, cet homme, celui qui était entré dans la prison où elle était retenue par Vogiel. Cet homme, c'était Charles, le frère de Valentine ! Elle ressentait la peur assaillir chaque parcelle de sa peau, le danger était là, imminent, accompagné d'une immense tristesse, la perte, l'abandon, exactement le même sentiment qu'elle avait eu avant de se suicider, combien de temps auparavant ? Deux jours à peine ; et pourtant, cela lui semblait si loin... Brusquement, son esprit retrouva la vieille ruelle et cet homme qui maintenant la poussait dans une sombre bâtisse, un couloir désert, des marches en pierre, une cave. Une odeur nauséabonde, de putréfaction, de corps en décomposition, une sensation si réelle, se pourrait-il que ce ne soit qu'un simple rêve ? Mais toujours cette pénombre et l'impossibilité de distinguer quoique ce soit. Et puis soudain, cette voix, jeune et ténébreuse, aucun doute, cette personne était bien le frère de sa bien-aimée. -La voilà, Maître… le sang-pourpre. -Bon travail, Charles! Répondit son oncle ou plutôt Vogiel -Je peux avoir ma récompense maintenant… Vous m'avez promis de son sang ! Un rire démoniaque avant de donner sa réponse d'une voix caverneuse : -Vous plaisantez, mon cher Charles! Vous avez rempli votre devoir, mais voyez-vous… Je ne suis pas un homme de partage… J'ai toujours agi seul… Et je ne garde jamais longtemps mes élèves, si le secret venait à se propager parmi les vampires, je ne pourrais plus jouir de ma toute-puissance… -Mais Maître… -Pas de quoi, mon bon Charles! Vous en savez bien trop à présent. Puis, Julie crut voir un pieu se diriger vers le cœur de celui qui l'avait fait prisonnière, quand soudain une main blanche, squelettique et puissante retint le poignet de l'assaillant : -Vous ne le tuerez pas, tonna la voix d'une femme, alors qu'elle avançait, montrant sa chevelure de feu. Cette voix ne lui était pas inconnue : Elisa ! -Vos expériences commencent à m'écœurer au plus au point ! Il ne vous a rien fait et vous ne le tuerez pas ! -Vous ne pouvez m'en empêcher, Maître, siffla Vogiel en s'adressant à Elisa. C'est fini maintenant. Je continuerai mes expériences avec ou sans vous ! A moins que vous ne me tuiez de nouveau maintenant ? ajouta-t-il, la voix pleine de défis. La voix de la jolie rousse se fit plus hésitante : -Soit, vous continuerez vos expériences, mais hors de ma vue ! Je ne veux plus entendre parler de vous, jamais, c'est entendu ? Je saurai où vous retrouver, vociféra-t-elle d'un ton menaçant, un créateur retrouve toujours ses sujets, ne l'oubliez pas… Ah et puis j'oubliais, j'emmène votre compagnon, il m'appartient maintenant.
Puis soudain, la scène se brouillait, Julie était dans une grande pièce, une sorte de salon avec un plancher de bois et de magnifiques tableaux accrochés aux murs, de hautes fenêtres, un grand tapis, des meubles en bois vernis, une imposante cheminée, sur laquelle était déposé un grand miroir aux larges bords dorés, le décor d'une grande demeure bourgeoise… Un homme à côté d'elle, assis sur un tabouret, peignait. Elle le reconnut immédiatement, bien qu'elle ne l'eut jamais vu dans ses souvenirs d'humaine : son père…Elle était debout à ses côtés et l'aidait à préparer son matériel. -Papa, pourquoi tout est-il si ancien ici ? s'entendit-elle dire avec la voix fluette d'une enfant de neuf ans. -Ces gens sont très riches, ma chérie, c'est une famille qui vit dans le passé et les traditions… Mais c'est une bonne chose pour nous, ma petite Pauline, cela nous donne du travail… Peu de familles de nos jours emploient un peintre à domicile pour faire des portraits familiaux. Si nous les satisfaisons, nous aurons toutes les raisons d'être heureux, ma petite fée. Puis, une jeune fille que la jeune humaine reconnut tout de suite entra, une Valentine adolescente mais déjà envoutante ; elle était déjà grande pour son âge, sa longue robe de soie noire et de dentelle seyait parfaitement à sa taille longiligne et faisait ressortir son teint laiteux, alors que ses cheveux sévèrement attachés en chignon et son regard émeraude lointain donnaient une allure tragique à ce beau visage. Indifférente à ce qui l'entourait, elle s'était assise avec grâce dans le fauteuil, sans s'appuyer sur le dossier, se tenant droite comme venait de lui ordonner sèchement la femme qui la suivait, sans doute sa perceptrice. Sans vraiment comprendre d'où lui venait cette pensée, Julie savait que la belle adolescente au teint porcelaine venait de perdre son frère, expliquant par là cette allure endeuillée et cette mine si affligée. Pas une seconde alors que son père ébauchait le portrait, elle n'avait pu se détacher de cette belle et triste princesse, qui semblait pourtant ne pas l'avoir remarquée. -La séance est terminée, nous reprendrons demain, annonça le peintre. Soudain, alors que la jeune demoiselle s'apprêtait à se lever, leurs regards se croisèrent et Julie vit à ce moment-là une ébauche de sourire à son attention ainsi qu'une furtive lueur de vie dans le regard de belle adolescente.
D'autres images se succédaient, maintenant elle était avec son père dans l'atelier et il avait laissé sa petite fille terminer elle-même le portrait de Valentine, remarquant ses soudains progrès, pensant que bientôt, elle parviendrait à surpasser ses trente ans d'expérience.
Déjà la scène se brouillait et le beau salon fut remplacé par une salle d'étude avec un grand piano à queue, un petit bureau en bois, une bibliothèque et un tableau noir. Au fond de la pièce, l'adolescente jouait du violon, un air doux, mélancolique et magnifique, comme celle qui l'interprétait. La petite fille s'avança timidement quand l'adolescente eut posé son violon. -Bonjour, commença-t-elle d'une voix nerveuse, comment vous vous appelez ? Moi c'est Pauline, c'est beau ce morceau et vous jouez très bien, est-ce que je peux vous écouter? -Valentine, répondit la jeune fille en laissant transparaître l'ébauche d'un sourire à travers ses fines lèvres. Oui, vous pouvez rester, cela me fait plaisir. Et moi, j'aime beaucoup vos peintures, je vous ai vue par la fenêtre de l'atelier, c'était vous qui terminiez mon portrait ! -Chut, il ne faut pas le dire, répondit la petite fille. -Ce sera notre secret répondit Valentine en souriant de nouveau. Avant, je partageais mes secrets avec mon frère, mais maintenant, il est parti. Vous voulez bien être ma confidente ? -C'est quoi une confidente, l'interrogea l'enfant -C'est une personne à qui l'on dévoile tous nos secrets et qui ne les répète à personne, jamais ! répondit Valentine en s'approchant de sa nouvelle amie. - D'accord ! Tout ce qu'on dira ne sortira pas d'ici. -Je connais votre secret maintenant, je vais vous dire le mien ! L'adolescente s'approcha encore de la fillette et lui murmura au creux de l'oreille : -Je vois des morts... Puis elle releva la tête, fixant Pauline, ses yeux émeraude et scintillants avaient brutalement pris une teinte si inquiétante et mystérieuse qu'ils firent frissonner la petite fille. -Mon frère, continua-telle sur le même ton mystérieux, Il est revenu, juste pour moi, pour me dire au revoir pendant la nuit. Il était dans ma chambre, il m'a dit qu'il veillait sur moi, puis il est sorti par la fenêtre ! Tous les soirs je l'attends mais il n'a plus jamais réapparu, c'est pour ça que je suis triste ! Un jour, j'en ai parlé à Mère, elle m'a regardée comme si j'étais folle et elle m'a parlé d'un homme qui pourrait m'aider si je lui racontais tout. Elle dit qu'il aide les enfants qui ont des problèmes… Mais je ne veux pas le raconter à ce monsieur que je ne connais même pas! Je sais ce que l'on fait aux fous, on les enferme dans un asile, loin de leurs maisons, et on leur met des chaînes ! Vous ne pensez pas que j'ai perdu la raison, vous ? -Non ! s'écria précipitamment la petite fille qui ne supportait que l'on fasse du mal à celle qu'elle admirait déjà tant. Ce sont eux qui devraient être enfermés ! Ils sont bredins ! Moi je vous crois ! A partir de ce jour, elles devinrent inséparables… La pièce s'embrumait, Julie était maintenant à la sortie d'une petite église, habillée de noir, elle devait être plus âgée, onze ans peut-être. Ses mains sur son visage tentaient de dissimuler les larmes qui ne cessaient de tomber de ses beaux yeux bleus. Il y avait un couple derrière elle qui discutait à voix basse, mais elle pouvait néanmoins saisir quelques mots : -Une mort affreuse… -Je ne vous le fais pas dire, vous vous rendez compte … Quel être infâme peut-il capable d'une telle atrocité ? -Un fou, pardi ! On devrait les tuer au lieu de les enfermer… Ils ne changeront jamais et ils mettent en danger les bonnes gens… Mais c'est normal avec tout ce que nous leur mettons dans la tête ! Le monde à l'envers… Nous ne sommes plus en sécurité nulle part, à notre époque ! Vidé de son sang, vous vous rendez compte ? -Taisez-vous Alfonse, murmura sa femme, la petite est derrière… Pauvre fille, heureusement, Madame de Valini l'a recueillie ! Elle est d'une si grande charité! Puis la jeune Pauline s'éloignait, ne voulant en entendre d'avantage, elle allait derrière l'église, là où il n'y avait plus personne et elle laissait sa détresse avoir raison des bienséances. Tremblante de la tête au pied, elle tomba accroupie contre le mur en pierre, les jambes entre les mains. Comment supporterait-elle de ne plus jamais revoir son père, lui qui s'était toujours occupé d'elle alors que sa mère était montée au ciel en la mettant au monde, lui qui lui avait tout appris et l'avait aidée à développer son don particulier pour la peinture… Alors qu'elle se laissait aller à sa détresse, elle sentit une présence à côté d'elle et un bras entourer ses épaules, Valentine l'avait rejointe. Un peu honteuse, la jeune fille tenta d'effacer les traces que ses larmes avaient creusées sur ses joues. -Ne retenez pas vos larmes, c'est on ne peut plus normal… murmura-t-elle au creux de l'oreille de la plus jeune. Je sais à quel point vous souffrez et votre détresse me déchire le cœur… Je ne vous abandonnerai pas, vous allez vivre chez nous maintenant et nous ne nous quitterons plus jamais. Pauline cacha alors sa tête contre l'épaule de son amie, qui l'enserra de ses longs bras rassurants et protecteurs.
Puis les temps s'étaient vraisemblablement faits meilleurs. Une succession d'images furtives lui apparaissaient, des promenades autour du domaine, des fous-rires, l'hiver au coin du feu, des longues discussions au bord de la fontaine du superbe jardin, des regards éloquents, et surtout ces longues soirées d'été, où elles restaient dehors jusqu'à la tombée du soleil, l'une peignant le soleil couchant l'autre jouant au violon des airs de sa composition , le bonheur, l'insouciance, l'innocence, la paix et la fortune sans qu'une ombre ne vienne s'ajouter au tableau. Mais comment cela aurait-il pu durer ?
Le songe se ralentissait alors, elle avait 16 ans à présent ; elle ouvrait les yeux, allongée sur un drap en soie et pouvait observer à loisir la grande chambre de Valentine avec le volumineux lit en baldaquin, la commode Louis XVI, les tableaux dont certains avaient dû coûter une fortune et la superbe coiffeuse avec son grand miroir… Puis elle remarqua son amie penchée vers elle qui souriait. Valentine avait détaché ses cheveux et ôté sa robe de bal, laissant apparaitre au bord supérieur de son corset, le haut d'une superbe poitrine qui gonflait à chacune de ses inspirations, emprisonnée par la rigidité du vêtement. -Vous êtes déjà rentrée ? s'entendit-elle demander. Je… Je suis désolée, je vous attendais et je me suis assoupie. -Ce n'est rien, répondit Valentine en riant. Je vous regardais dormir, vous êtes si belle les yeux fermés, vous ressemblez à un ange ! Sentant que le rouge lui montait aux joues, Julie, à travers le corps de Pauline, s'empressa de changer de sujet : -Alors ce bal ? Avez-vous rencontré le prince charmant ? ajouta-t-elle avec un clin d'œil. -Je me suis éclipsée, s'exclama son amie. Si vous saviez à quel point cela était ennuyeux ! Tous ces gentilshommes sont bien semblables… Les plus vieux, soucieux d'exposer leur fortune, leur connaissance et leur embonpoint, puis les plus jeunes, ces parvenus qui viennent jacasser autour de vous en vantant leurs nobles origines et en se pavanant. Ils me font penser à des coqs dans la bassecour, termina-t-elle en imitant l'animal. Cela eut pour effet de faire rire Pauline jusqu'aux larmes, tout sentiment de gêne avait disparu. -Si seulement vous pouviez m'accompagner soupira la plus âgée, nous nous amuserions ensembles, mais seule, ces soirées me semblent si longues… Même la musique ne me ravit plus lorsque je suis là-bas. -Ne dansez vous donc pas ? -Je me sens parfois obligée d'accepter quelques invitations, bien que cela me fatigue au plus haut point… -Moi j'ai toujours voulu apprendre à danser, l'interrompit Pauline les yeux dans le vague… Mais, même si je vis ici, je ne fais pas partie de votre monde malheureusement. -Je vais vous apprendre la valse, cette danse commence tout juste à se répandre dans les salons, directement importée de Vienne ! Les jeunes l'apprécient, mais les plus âgés la trouvent grotesque !! Si vous voyiez la tête de nos ainées lorsque les musiciens commencent à jouer ! Ne sachant ce qu'elle devait faire, Pauline fixait le sol, intimidée. -Allez venez, laissez-moi vous guider, reprit la plus grande, voilà, rapprochez-vous, n'ayez pas peur, ce n'est que moi ! D'abord crispée et maladroite, la jeune fille finit par se laisser porter par les pas et bientôt elles virevoltèrent à travers toute la chambre dans une osmose parfaite. Elles étaient si proches que Pauline pouvait sentir le souffle léger et rapide de son amie sur son cou… Sa peau lui brûlait, ses grands yeux brillaient et des frissons parcouraient son échine, réagissant au contact de la main de son amie délicatement posée dans le bas de son dos, son cœur s'enflammait… Un cœur qui n'eut jamais battu si fort que lorsque Valentine lui murmura quelques mots dans le creux de l'oreille : -Je vous avoue avoir trouvé cette danse ridicule et insultante aux bras de ces coqs, mais avec vous, Pauline, c'est si différent… Si seulement…
Les mots se perdirent dans un tourbillon glacé, alors qu'elle se trouvait soudain dans le salon avec Valentine et ses parents, baignée dans une atmosphère on ne peut plus tendue… -Pauline ! Déclama avec fermeté celle qui semblait être la mère de Valentine. Je ne peux vous laisser décliner cette offre ! Cet homme accepte de vous épouser en dépit de votre modeste origine et sans réclamer la moindre dot ! Il est fortuné, bien-né et jeune de surcroit ! Que pouvez-vous espérer de plus ? Je vous ai adoptée à la mort de votre père et en raison de tout ce que nous avons fait pour vous, vous vous devez d'accepter… -Il en sera ainsi, trancha alors son mari, qui s'était tut jusqu'alors. Et vous, ma fille, continua-t-il en regardant sévèrement l'intéressée. Il est temps que vous vous trouviez un mari aussi ! Nous avons été plus que tolérants jusque-là, acceptant de vous laisser choisir votre époux, contrairement à vos sœurs qui se sont toutes deux pliées à nos désirs… Mais vous avez 23 ans à présent… Que penseront nos connaissances de voir que vous n'êtes toujours pas mariée ? -Il est temps que vous grandissiez un peu toutes les deux, ajouta la femme. Vous ne pourrez pas toujours vivre sous le même toit… Et puis votre amitié en devient presque malsaine…Une femme de votre âge se soit de trouver un mari et de fonder une famille!
Puis elles étaient à nouveau dans la chambre de Valentine, assises toutes deux sur le grand lit : -Je ne veux pas l'épouser, sanglotait Pauline, je ne veux pas m'éloigner de vous ! Je veux rester ici, auprès de vous, mon amour. -Moi non plus je ne veux pas m'éloigner de celle qui a dérobé mon cœur, murmurait Valentine en posant ses lèvres sur celles de la jeune fille. Je vous aime, Pauline, je ne pourrais jamais vivre sans vous ! Posant sa tête sur l'épaule de la plus âgée, elle pleura de plus belle. -On va trouver une solution, je vous le promets, tenta de la rassurer Valentine.
Des cris, un ciel de nuit, des paquets, un quai en bois, des hennissements agités, des claquements de fouet, les ordres hurlés aux ouvriers qui transportaient les lourds paquets vers le grand navire. Une mer bleu-vert sur un ciel agité… Elle était debout, à quelques mètres de l'inconnu qui devrait bientôt devenir son mari. Il s'apprêtait à l'emmener loin, vers les colonies. Là était le secret de la fortune de ce mystérieux personnage, les colonies, des terres innombrables lui appartenant et qui n'avaient presque rien couté à son père…Voilà pourquoi, il l'acceptait sans dot ni titre ; il voulait une femme peu encombrante, à qui rien n'attachait au pays, peu demandeuse de belles choses, et cette petite orpheline dans l'innocence de ses 19 ans lui convenait parfaitement… Pauline devrait quitter la France, peut-être à tout jamais et elle n'avait qu'une seule idée en tête, fuir, le plus vite, le plus loin, et ne jamais revenir sur ce quai, ne jamais revoir cet homme qui l'éloignait de sa tendre aimée. Elle n'avait plus que quelques minutes pour agir, quelques minutes avant l'embarquement. Au travers des yeux de Pauline, Julie laissa errer son regard du côté de son futur mari qui s'était éloigné et discutait avec deux ouvriers sur le transport des malles. C'était le bon moment, elle n'aurait plus d'occasion telle que celle-ci… -Mon amour, vous pensez vraiment que je vous aurez laissé partir, souffla Valentine à l'oreille de la jeune Pauline essoufflée. J'en mourrais si je devais vivre loin de vous ! -J'ai eu si peur de ne pouvoir m'échapper… Moi non plus je n'aurais pu le supporter ! Valentine, je vous aime tant ! Je me serais jetée du bateau plutôt que de supporter de si longues années là-bas, loin de vous! Valentine la serra dans ses bras et posa ses lèvres sur les siennes, avant de les éloigner de quelques millimètres pour lui murmurer : -Je ne veux plus jamais que l'on soit séparée, Pauline. Je me moque de ma famille et de sa fortune ! Je savais que le bateau partait aujourd'hui ! Je me suis enfuie, il était temps, j'ai eu si peur qu'il soit trop tard ! -Mais comment allons-nous faire, chuchota Pauline d'une voix blanche. Et vos parents ? -Mes parents, ricana son amante tout en passant sa main dans les boucles blondes de Pauline. Je ne compte pas beaucoup à leurs yeux ! Ils n'ont pas perdu leur temps, vous savez ! A peine étiez-vous partie qu'ils ont décidé de me donner un mari, je n'ai même pas eu l'opportunité de réfléchir comme ils me l'avaient proposé ! Une occasion s'est présentée et ils l'ont immédiatement saisie ! Un jeune homme de bonne famille qui semble s'être épris de moi, et depuis la décision de mes parents, il ne me laisse pas un seul instant respirer, il est toujours derrière moi tel un caniche, il n'est pas méchant, mais je ne pourrais le supporter plus longtemps ! C'est fini, mon amour, reprit-elle en la serrant encore plus, je suis partie et je ne reviendrai jamais ! Nous allons rester ensemble pour toujours ! -Mais comment allons-nous faire ? -Je l'ignore, mon ange, mais nous serons à deux, et cela est ce qui compte le plus à mes yeux… Même si nous devons aller jouer les lavandières ! Touchée par ses paroles et par le sacrifice de sa moitié, Pauline avait laissé une larme couler le long de sa joue. -Ne pleurez pas, ma belle princesse, murmura Valentine en lui essuyant doucement ses larmes. Je vous avais bien promis que jamais je ne vous abandonnerais. -Je vous aime tant, Valentine, répondit la plus jeune en s'emparant des lèvres de sa dulcinée, qui répondit passionnément à son baiser, un baiser qui se faisait de plus en plus profond, de plus en plus long, preuve d'un amour que l'éloignement n'avait fait qu'accroitre. Elles étaient incapables de se lâcher, comme si elles craignaient d'être de nouveau séparées si l'une d'elles reculait. Une crainte, qui s'était malheureusement justifiée lorsqu'un homme avec une lueur étincelante de folie dans ses yeux était arrivé derrière elle, une cordelette à la main… |