Vampires et sangs pourpre

Chapitre 13




 

Valentine disparaissait, le parc tournait autour d'elle, Julie se retrouvait alors dans le corps d'une Pauline immobile, agonisante et que déjà l'on croyait trépassée…

 Aveuglée par une intense lumière blanche, elle ne pouvait les voir, mais elle entendait leurs voies, lointaine comme s'ils étaient à l'autre bout de la rue.

-Vous, vous l'avez tuée ! Pleurait Valentine. Tuez-moi aussi ! Jamais je ne pourrai vivre sans elle, vous m'entendez ! Oui, je l'aimais, bien plus que je ne vous aimerais jamais !

-Taisez-vous, perfide trainée, répondit l'homme d'une voix aussi tonitruante qu'effrayante. Quoi qu'il en soit, vous deviendrez ma femme et vous devrez me respecter!

-Non !! Je vous hais, jamais je ne vous suivrai, je vais me donner la mort si vous ne le faites pas vous-même !

- Relevez-vous maintenant, continua-t-il violemment ! Vous devriez me remercier d'avoir supprimé cette ensorceleuse ! Aimer une femme ! Vous seriez allée tout droit en enfer, catin !

-Lâchez-moi ! Assassin !

-Vous devrez vous y faire, vous êtes ma fiancée, ma future femme, vous m'appartenez et je ne partagerai pas ! Et il en sera ainsi pour toute personne qui vous approchera, homme ou femme ! Relevez-vous, je vais vous ramener ! Et si jamais vous répétez un mot de cette histoire à quiconque, vos parents et vos sœurs subiront le même sort, ou pire murmura-t-il… Votre amie a eu de la chance, elle n'a pas souffert longtemps… Je connais des moyens de tortures bien plus pénibles…

  

   La scène disparaissait une nouvelle fois, puis la pénombre laissait place à une rue, ou plutôt une impasse. Des rires lointains d'une prostituée qui marchait aux côtés d'un homme richement vêtu, des mendiants qui se promenaient en loques, le hennissement d'un cheval, et cette enseigne "  le pendu " peinte à la main, à peine visible dans cette sombre rue, une autre époque… Une autre vie.

Le début de son songe… Elle savait alors exactement ce qui allait se passer.

A présent, elle était dans le cachot, la vampire rousse et Charles, qui l'avait livrée à son maître étaient partis…

Seule, elle était seule avec Vogiel, il la faisait entrer dans l'imposante machine en fer,  lui plantait des aiguilles au niveau du crâne, de la moelle épinière, des chevilles, des poignets et de la carotide.

-Vous êtes l'élue, ricanait-il. Soyez en satisfaite, car sans cela, il y a longtemps que vous ne seriez plus de ce monde, ricana-t-il.

Votre sang est précieux et j'en ai besoin, je vais vous conserver quelques siècles ! Vous pouvez remerciez Charles, c'est lui qui a fabriqué la machine, ou plutôt qui y a ajouté la dernière touche, l'essentielle !

     Un nouveau rire gras avant qu'il ne ferme la porte coulissante. Elle était dans l'obscurité complète, le manque d'air,  une détonation, un froid glacial qui paralysait peu à peu tous ses membres, sa vision qui se brouillait, les battements de son cœur qui ralentissaient, son souffle qui s'amenuisait, son esprit qui se vidait, l'image de Valentine qui envahissait son esprit, puis qui disparaissait, l'obscurité de nouveau, un tourbillon, une lumière blanche, le vide, le néant, le mot fin de son ancienne vie...

 

     Le portable de Valentine sonnait de nouveau.

-Je suis là, comment je fais maintenant ? demanda la voix angoissée de la jeune brune.

-Il y a un cercueil à roulettes dans le coffre, répondit Valentine. Il faut essayer de le prendre. Vous pouvez le faire ! Votre force physique est déjà plus importante ! C'est une des premières choses que l'on acquiert…

-Oui, je le vois ! Voilà, je l'ai ! C'est incroyable, avec un bras !

-Bon maintenant, vous cassez vite un carreau  pour entrer !

Quelques minutes plus tard, Valentine avait su rejoindre la voiture, protégée par l'épaisseur du cercueil. Léna démarrait en trombes pour se presser vers la forêt et la croisée des quatre saules.

 

-Julie ! Julie je vous en prie, réveillez-vous!

Elle ouvrit alors les yeux, elle était toujours dans une cellule, mais les barreaux étaient de fer.

-Vous êtes revenue, s'écria-t-elle alors qu'elle n'était pas encore tout à fait sortie de ses songes. Je pensais que vous étiez partie avec Charles !

-Julie, mais de quoi parlez-vous, voyons ? répondit Elisa. Je viens tout juste d'entrer ici, je cherche mon époux !

-Vous m'avez laissée, vociféra Julie avec force, vous m'avez laissée aux mains de ce Vogiel et vous avez sauvé Charles qui m'avait livré à ce diable ! Je vous reconnais…

-Julie, vous délirez ! Et puis que faites-vous là dans cette cage ?

-C'est Vogiel! C'est lui qui m'a enfermée ici, pour la seconde fois ! Elisa, je sais tout… Mes souvenirs me sont revenus.  Je ne suis pas Julie, je suis Pauline ! Valentine ne m'avait pas oubliée… Oui c'est bien moi, Pauline, la sang-pourpre, celle que Vogiel a utilisé pour assouvir sa faim pendant un siècle et demi ! Celle que vous avez abandonnée à son triste sort une nuit alors vous auriez pu le tuer et me délivrer!

Elisa pâlit, commençant tout doucement à comprendre de quoi elle parlait.

-La sang-pourpre, murmura-t-elle. Alors, c'était bien vous… Il m'avait bien semblé vous reconnaitre… Comment a-t-il fait pour vous garder en vie?

-Il m'a mise dans une machine, une énorme cuve métallique, je n'en avais jamais vue de semblable ! Et là, j'ai eu très froid, je me suis sentie mourir. Il m'avait planté des aguilles dans tout le corps, c'était affreux ! Vous étiez là, vous auriez pu m'emmener avec vous ! J'ai bien vu qu'il vous craignait !

-Calmez-vous, Julie, essayez de comprendre, je vous en prie… Je ne savais même pas qui était dans cette cage, vous n'étiez pas la première humaine qu'il utilisait pour ses expériences… Cependant, je vous assure que je ne l'ai jamais approuvé. Nous sommes des vampires, Julie, des tueurs… Je tuais encore à l'époque, même si cela me répugnait depuis de nombreuses années. Je savais qu'il traquait les sang-pourpre, mais je ne le prenais pas au sérieux… J'aurais dû, je le sais, comme j'aurais dû vous sauver, les sauver… Mais pour moi cette histoire de sang-pourpre n'était que légende, j'ignorais votre pouvoir réel…

-Mon pouvoir ?

Comme Julie baissait la tête sans répondre, Elisa continuait à se justifier :

-Peu importe. Sachez qu'aujourd'hui, je regrette, Julie… Si j'avais su que vous étiez celle que ma future belle-sœur aimait, je vous aurais emmenée…

-Bon, je l'admets, grommela Julie ou plutôt Pauline, il est vrai que vous ne pouviez pas le savoir. Valentine aussi a tué, et pourtant, pourtant je lui ai tout pardonné… Vous n'avez pas choisi de devenir vampires de la même façon que  je n'ai pas choisi ma condition de  sang-pourpre. Je voulais simplement être heureuse avec elle, que l'on puisse vivre ensemble les années qui nous restaient, que l'on puisse vieillir ensembles…

-Je vous comprends, Julie… Moi aussi, j'ai aimé, le frère de Valentine… Je l'aimais déjà bien avant de le " sauver "… Mais je ne suis pas sa créatrice, Julie, contrairement à ce que j'ai pu dire par la suite, Julie.

 - Je sais cela, vous l'avez tiré des griffes de Vogiel. Et puis, appelez-moi Pauline, Julie n'a jamais existé… Ce n'est qu'une fausse vie que Vogiel a inventé… Il y a une chose que je ne parviens pas à saisir, comment est-il possible que vous ayez pu sauver Charles?

-En un millénaire, je n'ai fait que deux considérables erreurs dans ma vie de vampire, Pauline. Celle d'avoir créé Vogiel et celle de jamais n'avoir eu le courage de le supprimer… Une règle demeure chez lez vampires, le créateur est toujours plus puissant que son élève.

-Dites m'en plus sur les sangs-pourpre…

 

 Soudain Elisa cessa de parler et resta quelques instants immobiles, prostrée, les pupilles dilatées et la bouche entrouverte. Elle n'entendit pas la voix de Pauline qui tentait de la sortir de sa torpeur…

-Tout va bien, Elisa ? Mais que se passe-t-il ? Pourquoi faites-vous cette tête ?

-Je le vois… Charles, répondit simplement  la vampire d'une voix lointaine… Je sens de la joie émaner de lui, une sensation de devoir accompli par une vengeance assouvie…







Depuis le 06/01/2010