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Il était vingt-et une heure, l'heure de partir la chercher enfin! Après avoir reconduit Julie, elle avait passé la nuit, à s'activer pour rendre sa chambre agréable moderne et humaine en remerciant la rapidité des séquences de geste dont bénéficient les vampires. Heureusement, l'endroit qui avait déjà accueilli des humains pendant leur transformation des années auparavant était déjà un peu aménagé et c'était d'ailleurs le seul lieu de cette bâtisse à posséder de larges velux. Partout ailleurs, les anciennes fenêtres avaient été murées pour que les vampires insomniaques puissent être libres de leurs mouvements la journée, sans crainte d'être brûlés par le soleil. N'ayant pu faire grand-chose le jour, Valentine avait composé, l'inspiration lui revenait enfin lorsqu'elle pensait à la belle petite Julie et elle en profitait, en espérant que les morceaux composés pour elle lui plairaient. Mais au moment où elle allait quitter le manoir, un peu en avance toutefois, elle frappa à la porte de son frère pour lui rappeler une dernière fois sa promesse de ne pas toucher à sa chère humaine. Quelle ne fut pas sa surprise de surprendre Charles en compagnie d'une petite brune, aussi humaine que possible à la mine coupable. Et ils avaient l'air proche… Bien plus proches encore qu'un vampire et sa future proie… -Qui est-elle ? Et qu'est-ce qu'elle fait là ? Vociféra Valentine sans s'adresser à la jeune fille qui frissonna, effrayée par ces paroles glaciales. -Que voulez-vous ma chère sœur… Vous ramenez bien une humaine, pourquoi ne pourrais-je point faire de même ? Et puis si c'est cette chaire humaine qui vous inquiète tant, bien que certaines autres vous semblent plus tendres, n'ayez aucune crainte, elle ne restera pas humaine très longtemps, ajouta-t-il en ricanant. -Mais... elle ? demanda Valentine alarmée en regardant la jeune humaine. -Oh non, ne vous inquiétez pas, elle ne l'ignore pas… Et elle a même hâte d'être parmi nous… Au fait, elle s'appelle Léna. Léna, je vous présente ma sœur Valentine. L'humaine acquiesça peu rassurée. -Il va falloir que mon frère vous explique les règles… Concernant une nouvelle occupante. -J'y veillerai, souffla Valentine méprisante. Mais la perspective de voir un nouveau vampire dans leur demeure au moment où elle allait accueillir Julie l'effrayait.
Tout était prêt, deux sacs de voyage pour ranger les quelques effets qu'elle avait l'intention de garder : des vêtements, des livres et surtout son matériel de dessin, ce qu'elle avait de plus précieux. Elle n'emporterait même pas l'ordinateur que son oncle lui avait offert, elle se trouvait déjà ingrate de partir sans se retourner et estimait qu'il ne lui revenait pas, et puis elle n'avait jamais été très amie avec ce genre de machine, ne comprenant pas ceux qui passaient des heures sur le net. Cela avait-il toujours été le cas ? Elle l'ignorait. Elle vérifia une énième fois si tout était près, ses sacs, la lettre sur le lit, la chambre rangée… Elle n'avait pas eu le cœur de parler à qui que ce soit de son départ, ils ne comprendraient pas, pour eux elle était toujours la brillante matheuse qui avait eu le malheur de croiser un fou sur la route… Non, elle ne pouvait pas en parler, elle avait préféré leur laisser une lettre dans laquelle elle leur disait qu'elle s'en allait chez une amie, qu'elle avait besoin de réfléchir au sens de sa vie… Mais rien de définitif, elle laissait entendre qu'elle reviendrait mais qu'il fallait lui laisser le temps.
Vingt-trois heures, pas l'ombre d'une voiture dans la ruelle, pas le moindre signe de vie dans le jardin… L'aurait-elle oubliée ? Inquiète et déçue, elle faisait les cent pas dans sa petite chambre en se rongeant les ongles… Elle la connaissait à peine, mais elle avait mis tant de cas dans cette perspective d'une vie nouvelle… Comment cela pourrait-il en être autrement ? Minuit : Non, elle ne viendrait pas, il était trop tard… Elle avait du se rendre compte à quel point elle était insignifiante… Elle avait dû bien regretter sa proposition la veille… Une heure, les larmes aux yeux Julie s'apprêtait à déballer ses affaires et à déchirer rageusement la lettre qui attendait sur le lit… Mais soudain, sa fenêtre s'ouvrit d'un seul coup et une violente bourrasque s'introduisit dans la pièce. Valentine était là, juste sous ses yeux, dans sa chambre, toujours aussi belle… -Je m'excuse, ma chère Julie, déclara-t-elle. Quelques petits problèmes m'ont retenue plus longtemps que prévu… J'espère que vous ne m'en tiendrez pas gré… Mais je suis là maintenant, nous pouvons partir, si vous êtes prête… -Co… comment avez-vous fait, demanda Julie ébahie, comment êtes-vous entrée ? -Eh… je… Je suis sportive, hésita Valentine et, et la fenêtre était ouverte… Alors j'ai cru que vous m'attendiez, ajouta-t-elle avec son plus beau sourire. Comment lui résister ? Pressée de s'enfuir avec son héroïne, Julie oublia tous ses questionnements.
Pendant une demi-heure, Valentine ne desserra pas les dents, alors que Julie restée prostrée au fond de son siège, se demandant à quoi était dû ce changement soudain d'humeur. Des questions ne cessaient de la tourmenter : Et si elle regrettait déjà de l'avoir emmenée ? Et où allaient-elles d'ailleurs ? Pourquoi s'enfonçaient-elles ainsi dans la forêt ? Pourquoi avait-elle l'impression qu'il n'y avait même plus de route ? La vampire posa soudain sa main sur le genou de la jeune fille, ce qui la fit frissonner de tout son long. -Julie, commença-t-elle d'une voix qui pour la première fois semblait mal assurée, j'ai omis de vous parler de quelque chose… J'espère que vous ne m'en tiendrait pas gré. Que voulait-elle donc lui dire de si important ? Bien sûr qu'elle ne lui en voudrait pas, comment cela pourrait-il être le cas alors qu'elle l'emmenait chez elle? -Je ne vis pas seule Julie. Son interlocutrice pâlit, un fiancé ? Celui qui l'avait regardée étrangement en sortant de la loge ? Comment avait-elle pu imaginer… ? Mais imaginer quoi ? -Mon frère et sa femme partagent ma demeure. Son frère ? Mais pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt, pensa Julie soulagée. -Cependant la propriété est vaste, vous verrez… Peut-être ne les croiserez vous presque pas !
Le reste de la route se passa sans aubages, Valentine avait retrouvé le sourire et Julie, soulagée, partageait son enthousiasme à l'encontre de cette nouvelle vie qui s'offrait à elle. -Nous voilà arrivées Julie ! déclara la reine de la nuit en s'engageant sur l'allée menant vers un sombre manoir. -Waw, c'est si grand ! murmura la blondinette. Une gigantesque bâtisse, un château au milieu de nulle part. Un château entouré d'arbres aux branches crochues, un environnement mystérieux et menaçant…Valentine n'avait pas exagéré en parlant de la taille ! C'était immense ! Mais le plus surprenant était l'absence de fenêtre… Un bâtiment qui aurait pu s'apparenter à une prison sans barreaux ni ouvertures… La voiture s'approchait de la bâtisse, mais la conductrice continuait à la même vitesse. Effrayée, Julie se mit à hurler : -Attention ! Le… Le mur ! Mais un léger rire secoua les fines épaules de Valentine alors que soudain une partie du mur s'écartait, laissant entrer la voiture dans un grand garage. -Une porte en trompe l'œil, lança Valentine en se garant. Il détecte nos voitures qui sont seules autorisées à y entrer. C'est ma belle-sœur qui a inventé ce judicieux système. Elle aime beaucoup jouer avec les nouvelles technologies. Demain, vous pourrez choisir votre voiture. Certaines sont munies de GPS, je pense que cela vous sera nécessaire. Mais ils ne fonctionnent qu'à partir d'un certain endroit dans la forêt. Il faudra d'abord vous habituer au trajet avant de conduire seule. Julie acquiesça, intriguée par cette modernité dans le langage si désuet de sa nouvelle amie. Décidemment, elle n'avait pas fini de l'attendrir ! Et elle n'était pas au bout de ses surprises… Puis elles montèrent un vieil escalier en colimaçon qui sembla à Julie interminable. Valentine ne semblait pourtant n'avoir eu aucune difficulté malgré les deux sacs de voyage de la jeune humaine qu'elle tenait du bout des doigts comme s'ils avaient un poids de plume. C'était étrange… Comment le fait d'être sportive pouvait-il donner ces capacités ? D'autant plus qu'avec sa taille fine, sa silhouette élancée et ses épaules étroites, Valentine ne ressemblait en rien à une grande sportive ultra-musclée… -Venez, je vais vous montrer vos appartements, déclara la vampire. Ses appartements ? Que cela signifiait-il ? Et pourquoi ce perpétuel vouvoiement alors qu'elles allaient vivre ensemble ? Cela commençait à mettre la jeune fille mal à l'aise… Elles entrèrent alors dans un grand salon, avec un magnifique canapé de cuir et un écran plat. Dans un coin, il y avait même un bureau sur lequel trônait un ordinateur de premier cri. Une des portes donnait sur une cuisine moderne aux placards et au frigo bien remplis et l'autre porte sur une grande chambre, avec un lit à baldaquin et de magnifiques tableaux aux murs qui ravirent les yeux de la jeune fille. La grande salle de bain était à côté avec une large baignoire-sauna. Comment pouvait-il y avoir tant de modernité dans une bâtisse qui semblait si ancienne ?
Valentine était partie et Julie se sentait seule dans son grand lit froid. Dehors, les éclairs avaient pris possession du ciel noir et nuageux. Et puis, il y avait ces craquements et ces grincements qui la faisaient frissonner. Qu'y avait-il en bas ? Où dormait Valentine ? Pourquoi ces grands murs de pierre au grenier si moderne… Apeurée à l'idée de descendre seule, elle finit par s'endormir au rythme du clapotement de la pluie sur les seules fenêtres du bâtiment.
De son côté, Valentine était attablée avec Charles et Elisa dans une grande salle à manger éclairée par quelques chandeliers et décorée par de larges tapisseries qui parsemaient les murs. Une salle aménagée par Elisa, qui malgré son goût pour les gadgets du 21e siècle, restait fidèle aux objets de son enfance et de ses années de jeune vampire. -Vous avez bon appétit ma sœur, remarqua Charles. Je suis heureux de constater que votre sourire est revenu. -Et vous en connaissez parfaitement la raison, répondit Elisa entre deux gorgées de liquide écarlate, cessez donc de la taquiner. - Finalement je suis heureux pour vous Valentine. Je retrouve ma petite sœur d'autrefois ! Et vous devriez être heureuse pour moi. La jeune vampire garda les yeux rivés sur sa gourde de sang, devinant que son frère parlait de l'autre humaine, Léna… Il n'avait donc aucun respect pour sa femme assise à quelques centimètres de lui ? -Il est vrai, finit par dire Valentine pour ne pas laisser le malaise s'installer à table, que sa présence me ravit. Et je vous remercie de ne pas vous y être fougueusement opposés, vous m'avez rendu la tâche plus aisée… J'espère maintenant que tout se passera bien. -Les risques sont importants, mais je sais que vous serez prudente, souffla Elisa. J'ai vu cette nouvelle étincelle dans vos yeux, et non pas juste la lueur qui brille dans notre regard de vampires… Une bien plus lumineuse encore, celle de l'amour. -Sur ce, je vous laisse, mes chères. Je m'en vais chercher quelque chose de plus naturel à me mettre sous la dent… Pas que vos gourdes sont mauvaises, mon épouse, mais rien ne remplace la bonne chaire humaine. Ne me regardez pas ainsi, Valentine, je pars chercher mon butin à l'extérieur. N'ayez crainte, ajouta le vampire en se levant, je vous ai promis que je ne toucherai pas à votre humaine et je m'y tiendrai si toutefois, vous tenez la vôtre… -Quelle promesse ? demanda Elisa avec curiosité. -Oh ce n'est rien, rien d'important. Quelque peu embarrassée, Valentine se leva elle aussi de table et sortit de la pièce.
Restée seule, après s'être assurée que leurs odeurs étaient lointaines, Elisa actionna une manivelle cachée par une tapisserie qui fut immédiatement remplacée par une large bibliothèque coulissante. Elle saisit alors sur le plus haut rayon un vieux livre aux pages jaunâtres et à la couverture endommagé : " Chronique des sangs-pourpre " Elle se doutait bien qu'un jour, il finirait par réussir à exécuter son plan machiavélique... Elle devait les protéger, car il ne s'arrêterait pas là… Il chercherait à se venger dans sa toute puissance et Charles serait sa première victime… Ils étaient tous en danger, elle devrait les protéger, mais pour leur sécurité, ils ne devraient rien savoir…Vogiel… Ce si terrible nom qui résonnait dans ses oreilles depuis la veille…Depuis qu'elle avait compris que Julie et Pauline ne faisaient qu'une…
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