Vampires et sangs pourpre

Chapitre 8




 

Une large tâche écarlate sur le sol, un cadavre ensanglanté au beau milieu… Des éclats de verre et de métal sur tout le sol, une civière renversée, des tuyaux plastifiés déchirés… Et ses pupilles sans vie et dilatées qui ne cessaient de la regarder… Un tableau renversant…Et elle n'était pas au bout de ses macabres surprises…

La main sur sa bouche pour ne pas rendre le peu qu'elle avait avalé dans la journée, elle tenta de mettre un pied devant l'autre pour rejoindre la porte du fond qui était entrouverte. La raison comme la peur lui disaient de fuir, de courir loin, de courir vite, et de  chercher de l'aide, mais son cœur lui ordonner d'avancer, elle devait savoir… Elle devait continuer à espérer, espérer que pour sa dulcinée il ne serait pas trop tard… 

Elle avait le dos trempé de sueurs froides, alors qu'à chaque nouveau pas ses genoux s'entrechoquaient manquant de la faire tomber, son cœur battait, mais son moteur avait changé, la peur avait remplacé l'amour. Enfin elle atteint la porte et   ses mains moites  parcourues de secousses inextinguibles parvinrent tout de même à se poser sur la poignée pour tirer la porte vers elle.

      Elle ouvrit alors la bouche pour hurler, mais aucun son ne sortit. Au milieu de la grande pièce quasiment vide, le frère de Valentine était agenouillé au-dessus du corps agonisant de Léna qui gémissait faiblement, maintenue sur le sol par Valentine elle-même. Ayant entendu le grincement de la porte, Charles s'était retourné, laissant découvrir à la jeune humaine ses proéminentes canines et ses lèvres dégoulinantes de sang.

      Puis ce fut au tour de Valentine de se retourner. Lorsqu'elle croisa le regard à la fois paniqué, désemparé perdu et désespéré de sa protégée, elle comprit qu'il était trop tard. Cependant, elle tenta malgré tout de s'avancer vers elle pour lui prendre la main. Mais Julie qui semblait soudain sortie de sa torpeur avait retrouvé l'usage de la parole…

-Ne  t'approche pas ! Qui es-tu abominable monstre ? Je sais que vous allez me tuer comme cette pauvre fille, mais je veux que tu saches qu'à côté de cette trahison, la mort ne sera pour moi qu'un soulagement, car tu m'as déjà tuée !

Tu as tort Julie, murmura plaintivement Valentine,  je ne te veux aucun mal, je suis si désolée que tu l'apprennes ainsi mais je peux tout t'expliquer…

-C'est inutile, j'ai compris, hurla Julie qui tremblait de tous ses membres. Si tu ne veux pas me tuer, alors laisse moi partir ! Je ne veux plus jamais te revoir, tu m'entends, plus jamais !

Sur ces mots, la jeune humaine se retourna et s'enfuit à toute allure après avoir claqué violemment la porte derrière elle.

 

      Pendant quelques instants, Valentine la suivit du regard incapable d'effectuer le moindre geste.

-Mais allez-y, allez la rejoindre ? Qu'attendez-vous ? La rappela à l'ordre son frère avant de s'entailler le poignet de ses dents acérées.

-Allez buvez vite ma belle, ajouta-t-il à l'égard de Léna en présentant son poignet ensanglanté devant ses fines lèvres entrouvertes.

-Elle est partie… Elle ne veut plus me voir… Que faire ? l'interrogea Valentine, l'air perdu.

- Ne soyez pas ridicule petite sœur ! Vous savez tout comme moi qu'un vampire est capable de la retrouver et de la rattraper  en moins d'une seconde ! Courez, et tentez de lui expliquer ! Forcez-la à écouter tout au moins.

-Vous… vous croyez ? Et vous ça va aller ? Et si elle revenait ?

-Mais oui, elle boit, elle sera bientôt parmi nous… Elisa est partie, un vampire de sa puissance énervé est toujours impressionnant mais elle n'a pas un mauvais fond… De toute façon même sans cet incident Léna nous aurait rejoints et elle le savait… Et c'est ce que vous auriez dû faire avec votre Julie… Allez, ce n'est pas trop tard, filez ma chère sœur, je ne veux plus vous voir malheureuse !

 

     Suivant son conseil, Valentine se lança à sa poursuite. Sa jeune protégée avait réussi à atteindre le garage qui l'avait tant intrigué la veille. Paniquée, elle tentait désespérément de mettre le contact…

Mais Valentine ne se montra point, elle ne voulait pas que son tendre amour se rende compte qu'elle était poursuivie et s'effraie encore plus. Pourtant, elle ne désirait pas non plus abandonner, pas sans explications, pas sans qu'elle ne sache qui elle fut, pas sans qu'elle ne lui déclare une nouvelle fois son amour inconditionnel et éternel. Et puis la forêt était dangereuse à cette heure de la nuit, elle ne pouvait la laisser partir seule dans cet environnement hostile…

   

      Julie  avait enfin réussi à démarrer la voiture, et le cœur battant, elle fila droit devant la porte coulissante en trompe-l'œil qui s'ouvrait devant elle. Appuyant avec véhémence sur l'accélérateur, elle rejoint bientôt les larges grilles de la propriété qui s'ouvrirent elles aussi. Poussée par les vagues d'adrénaline qui se déversaient dans son cerveau en alerte, elle s'éloigna sans se retourner  ni décélérer de cette propriété, cette prison dorée dans laquelle elle avait  naïvement pensé vivre ses plus belles années. Non sans mal, elle réussit à suivre le chemin escarpé de terre et de pierres et elle finit par rejoindre la route principale, croyant être sauvée. Mais elle n'avait pas remarqué une étrange chauve-souris qui planait depuis le début au-dessus du véhicule emprunté.

   Enfin, elle parvenait à se garer dans la rue de son oncle, presque déçue de ne pas avoir été poursuivie. L'avait-elle déjà oublié ? Sa fuite avait été guidée par sa grande frayeur, mais n'aurait-elle pas du rester pour écouter les explications de sa dulcinée? Au fond d'elle-même elle espérait toujours l'innocence de son héroïne, bien que ce qu'elle avait vu ne laissait que peu de place à cette hypothèse… Et si elle avait voulu protéger son frère psychopathe ? Et si cette grande demeure au bout de nulle part n'était là que pour enfermer un frère sociopathe ? Mais dans ce cas elle se rendait complice en camouflant ces crimes…

En tournant la clef dans la serrure de la maison qu'elle n'aurait jamais dû quitter, elle cessa quelques minutes de penser à Valentine pour se concentrer sur ce qu'elle allait bien pouvoir raconter à sa famille. Malgré sa courte durée, allaient-ils lui pardonner cette fugue ?

Dans sa chambre, la lettre qu'elle avait laissé avait disparu, mais la maison était anormalement vide… Où étaient-ils  donc tous passés ?

Au bout d'une demi-heure, elle cessa de s'agiter et s'installa dans la cuisine en face de son éternel bol de lait tiède. Perdue dans ses pensées, elle ne vit pas derrière elle  la reine de la nuit qui venait de reprendre son enveloppe humaine…

-Julie…

La jeune humaine sursauta, reconnaissant cette voix que jamais elle ne pourrait oublier.

-Qu'est-ce que tu fais là ? S'emporta-t-elle alors que la colère avait raison de son amour.

-Julie… Je suis désolée…. Laisse-moi au moins t'expliquer. Je t'aime, crois au moins cela…

-Il n'y a rien à expliquer ! Je ne vois pas pourquoi je te croirais ! Tu veux me tuer, comme cette pauvre Léna, comme le pauvre cadavre qui baignant dans son propre sang ! C'est affreux Valentine, même si c'est ton frère qui fait tout ça, le cautionner c'est terrible !

Tremblante, Julie se leva d'un bond et sortit son portable de sa poche :

-Alors maintenant tu sors de chez moi, ajouta-t-elle  ou sinon j'appelle la police !

Mais cette fois, Valentine ne l'écouta pas. Sa décision était prise, elle ne partirait pas tant que sa dulcinée ne l'aurait pas écoutée jusqu'au bout.

-Non, répondit-elle calmement. Non Julie, je ne partirai pas, pas avant de t'avoir tout dit. Tu dois savoir et ensuite tu seras libre, mais laisse-moi parler.

-Il en est hors de question ! Va-t-en ! Je ne veux pas de tes explications, tu as trop menti ! J'appelle… J'appelle la police !

Mais avant même qu'elle n'ait composé le 7 du 17, son portable s'échappa de ses mains pour atterrir sur le buffet derrière Valentine.

Affolée, elle tenta de le récupérer, mais la vampire l'en empêcha en la retenant de ses mains puissantes :

-Laisse moi partir, pleurnicha Julie alors que son instinct de survie l'obligeait à se débattre.

-Calme-toi mon cœur, lui répondit tout doucement Valentine. Je ne te ferai aucun mal, et au fond tu le sais, n'est ce pas ?

-Oui, murmura Julie entre ses larmes effrayées, mais c'était plus pour  éviter de contrarier cette femme  avec une si grande force que par pure  conviction.

 Comment se faisait-il qu'elle soit à ce point immobilisée alors que celle qui fut son héroïne ne semblait pas faire le moindre effort pour la retenir, ses mains n'étant que posées sur les épaules de l'humaine?

-Bien, déclara la vampire, maintenant, nous allons enfin pouvoir parler.

-Qu'est-ce que tu veux ? Souffla la jeune humaine toujours aussi effrayée.

-Juste te parler. Quand tu m'auras écouté jusqu'au bout, je te laisserai partir, si toutefois tu le veux encore.

Julie ne dit rien, mais elle savait que malgré tout l'amour qu'elle avait pour Valentine, elle ne saurait pardonner une meurtrière. Toutefois, elle était presque soulagée de voir que celle-ci cherchait à s'expliquer.

-Je t'écoute, souffla-t-elle un peu plus calmement.

-N'as-tu rien remarqué d'étrange quand tu vivais chez moi ? L'interrogea la vampire, qui ignorait par où commencer.

-Eh bien, sans vouloir te vexer, répondit Julie d'une faible voix, c'est vrai que tu ne vis pas comme tout un chacun. Enfin, c'est peut-être ta maladie, je ne sais pas. Mais je t'aimais moi, ajouta-t-elle d'un ton plus assuré, je t'aimais tellement… Je serais passé outre, j'aurais tout accepté, mais pas le crime Valentine, cela je ne le peux pas…

-Ce n'est pas ce que tu crois, soupira son interlocutrice, vraiment… Je ne suis pas une meurtrière, enfin je ne le suis plus.

-Alors tu as vraiment tué ? Lui demanda l'humaine en pâlissant.

- Laisse-moi poursuivre mon amour, je t'en prie… Tu comprendras mieux. Je ne suis pas celle que je parais… Mais je n'y puis rien… Tu vas me prendre pour un monstre, mais vois-tu, je n'ai rien choisi… Je m'en veux tellement de t'avoir menti… J'avais si peur que tu prennes la fuite… Ce que tu as fini d'ailleurs par faire. Je ne suis pas comme toi Julie, je ne suis pas humaine.







Depuis le 08/11/2009