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La ville était à peine visible sous l'éclat de la pleine lune, tout était si tranquille. Le palais dominait majestueusement les rues sombres. Les splendides jardins demeuraient silencieux, tous ses habitants profondément endormis. Le vent soufflait doucement comme si lui aussi était bercé par la nuit envoûtante, créant une légère mélodie en se mouvant dans les drapeaux accrochés aux murs du château. Il vint jouer dans de longs cheveux noirs, essayant de distraire la jeune femme tourmentée. Gracieusement accoudée à l'un des nombreux balcons du palais, la princesse plongea son regard sur les toits en contre bas. Un soupir perdu s'évada de ses lèvres. - Je n'y arriverai jamais. Juste quelques mots murmurés, ultime aveu à l'immensité au dessus d'elle. La nuit fraîche du printemps se dissipait lentement à l'apparition des premiers rayons de soleil. Les plaines verdoyantes entourant la grande ville d'Urel brillaient déjà sous cette lueur matinale. La capitale de la terre des Hommes semblait encore dormir paisiblement, mais bientôt les cris des animaux vinrent rompre ce silence. La ville reprenait vie doucement. Les volets s'ouvraient, quelques villageois commençaient à déambuler dans les rues. Une jeune femme se distingua du calme ambiant, elle se précipitait hors de l'auberge tout en finissant d'ajuster sommairement sa chemise blanche. Les vendeurs à l'étalage se retournèrent sur le passage de la belle jeune femme, son épée ballottée contre sa jambe gauche. Ses grands pas, bien que légers et souples, soulevaient de petits nuages de poussières. Elle ignora les regards insistants et les sourires amusés, attachant les derniers boutons de son veston en cuir. Arrivée au coin de la rue, elle s'arrêta pour prendre une grande inspiration. Hésitante, elle reprit sa marche d'un pas plus calme. Une main sur le pommeau de son arme, elle ne prêta pas attention au décor édénique du jardin qu'elle traversait. Quelques enjambées lui suffirent pour escalader les marches du perron qui la menèrent dans un hall gigantesque où le luxe environnant l'oppressa légèrement. Mal à l'aise, la jeune femme marqua un temps d'arrêt. Peut-être était-il encore temps de faire demi-tour. - Vous êtes en retard Mademoiselle Forreau. Peut-être pas en fait. La demoiselle en question se tourna vers l'homme plutôt âgé, de petites lunettes en demi-sphère accrochées à son nez. Plongé dans la lecture d'un quelconque document, il traversa le hall jusqu'au comptoir sans lui accorder la moindre attention. Elle le suivit, en se mordillant la lèvre. - Désolé Monsieur mais… - Je me moque de vos piètres excuses. Il releva enfin ses petits yeux de fouine pour lui jeter un regard méprisant par-dessus ses binocles. - Et pour l'amour de Dieu, retirez-moi cette chose vulgaire. Tout en réprimant son caractère de feu, la jeune blonde grimaça légèrement. Elle retira la ceinture de son fourreau pour lui tendre par-dessus le comptoir. Le petit personnage grassouillet prit un air dégoûté en détaillant l'arme. Avec un geste de la plume, il lui indiqua le couloir au fond du hall majestueux. - Allez-vous changer. Débarrassez-moi le plancher ! La mâchoire délicate de la blonde ne pouvait pas se crisper davantage, ses yeux verts le transpercèrent de haine à peine cachée. Son épée à la main, elle tourna les talons pour se précipiter dans le couloir, loin de ce hideux personnage. Elle aurait pu partir, laisser libre court à son tempérament, mais comme tout être vivant sur ces terres, elle avait besoin d'argent pour survivre. Ce boulot payait plutôt bien même si les inconvénients étaient nombreux. Son regard se figea sur la robe grise et blanche. Elle la fixait férocement, espérant que le tissu ridicule disparaisse sous le choc. Mais rien ne se produisit. Elle sentit comme un boulet de fer s'installer dans ses entrailles en réalisant qu'elle devrait porter cette chose tous les jours. Résignée, sans pouvoir réprimer une grimace de dégoût, elle retira son veston après avoir posé son épée dans le fond de son petit placard. Le plus lentement possible, elle enfila la robe ; en examinant le résultat un frisson d'horreur lui traversa le corps. Tout compte fait, faire le toutou de ces royautés n'était peut-être pas assez bien payé. Un temps d'arrêt. Son regard dans le vague suivait le court de ses pensées. Si elle les volait plutôt ? L'argent serait plus facile. Ce mot-là la fit revenir à l'instant présent… Facile ?...La poisse. La cuisine était en effervescence, comme tous les matins à l'heure du petit déjeuner. Les cuisiniers s'affairaient sur les tables pleines de farine, concentrés sur la pâte qu'ils frappaient de manière savante. Des jeunes femmes s'agitaient avec des corbeilles remplies de croissants, chocolatines et autres pâtisseries. Au milieu de tout ça, un géant se tenait là, les bras levés comme autant de directives à suivre, son crâne chauve luisant à la lumière des fours. Il semblait donner à cette cohue apparente une organisation calculée, chacun sachant la tâche qui lui était incombée. Il se tourna vers la porte principale alors qu'une adorable jeune femme l'ouvrait doucement. Il prit quelques secondes pour la détailler. Les quelques mèches blondes qui retombaient devant ses yeux verts clairs lui donnaient un petit air sauvage, atténué par la pureté angélique de son visage pâle. Son corps finement sculpté était mis en valeur par la robe quasi moulante. Elle était d'une rare beauté. La jeune femme haussa un sourcil, surprise. Après le calme qui l'avait accompagnée dans son trajet jusqu'aux cuisines, l'agitation régnant ici lui donnait l'impression de se retrouver dans un monde qu'elle semblait pouvoir contempler sans être elle-même aperçue. Mais une voix grave et profonde lui prouva le contraire en l'interpellant. - Eh tu dois être Eve ? Il lui fallut quelques secondes pour se remettre de sa confusion et repérer l'homme immense qui se tenait au centre de la pièce. - Euh…oui ! - On m'a prévenu de ton arrivée. Je suis Dimitri. On parlera plus tard, va dans l'aile des chambres. Ambre t'expliquera ce que tu as à faire. Il lui accorda un sourire avant de se concentrer à nouveau sur ses employés. - D'accord. Elle n'était pas vraiment sûre que ce géant l'ait entendue mais elle se faufila à travers la cohue, tout en essayant de se rappeler le chemin qu'elle devait emprunter. - Et la prochaine fois, essaye d'être à l'heure ! - Je suis désolée Monsieur, ça ne se reproduira plus. Il sourit de nouveau, amusé. - Dimitri. Eve ne retint pas le léger sourire qui lui vint en réponse avant de s'éclipser dans un long couloir. Elle réussit à atteindre la partie du château réservée aux chambres sans trop se perdre. Au bout du couloir, elle aperçut deux femmes en train de plier des draps dans un grand bac à linge. L'une brune, plus âgée, riait aux paroles d'une petite rouquine. Eve s'approcha d'elles attirant leurs regards interrogateurs et curieux. - Je cherche Ambre. La brune lui offrit un grand sourire engageant. - Tu l'as trouvée. Tu dois être la nouvelle ? - Eve. Ambre regarda sa partenaire de drap, tout en réfléchissant. Cette dernière dévisageait la nouvelle venue, curieusement. - Je m'appelle Katarina. Eve se contenta de lui sourire en hochant la tête poliment. - On va te trouver un truc sympa pour ta première. Alors qu'un sourire complice naissait sur les visages encore rougis par les rires, la méfiance de la jeune blonde se mit en marche. Ambre, toujours avec son doux sourire, lui indiqua une porte plus loin. - Tu vas t'occuper de la princesse. Eve ne put retenir sa grimace, doutant de leurs bonnes intentions. Les deux femmes ne s'en formalisèrent pas. - Tu vas lui plaire. La nouvelle recrue leur lança un dernier regard méfiant avant d'acquiescer et de s'éloigner. Elle s'arrêta à quelques pas de la porte. Tout en jetant un regard prudent vers les deux autres, elle demanda d'une voix incertaine. - Qu'est-ce que je suis censée faire ? Ambre partit dans un rire communicatif à cette question innocente, mais sa comparse, compatissante, réussit à éviter le fou rire pour lui répondre. - Il faut que tu la réveilles. Tu ouvres les rideaux et tu lui demandes si elle a besoin de quelque chose. Eve resta encore quelques secondes à fixer la porte. Ses pensées fusaient. Comment était-on sensé s'adresser à une princesse ? Elle ne connaissait rien de cette fille…, ni son nom, ni son âge…Elle aurait dû se renseigner. Voilà, sa carrière venait à peine de commencer et un manque d'intérêt total pour la famille royale allait causer sa chute…Le bon côté de la chose c'était qu'elle n'allait pas tomber de trop haut. Résignée, elle frappa doucement sur le bois dur de la porte. Sous le manque total de réaction de la chose qui se cachait derrière, Eve se rappela que la princesse dormait toujours. C'est avec un soupir et les mains moites qu'elle entra sans bruit dans la chambre plongée dans la pénombre. La première chose qui la frappa, fut le parfum ensorceleur qui régnait dans la pièce. Elle resta figée, là, sans bouger, les jambes soudain incapables de lui répondre, comme si son esprit s'était embrumé. Seul son regard semblait encore actif, analysant la situation rapidement. La chambre était vaste. De grandes fenêtres, par lesquelles les rayons de soleils étaient filtrés, créaient de fines bandes lumineuses sur le sol recouvert d'un tapis luxueux. À la faible lueur, elle put distinguer une coiffeuse resplendissante et bien rangée, une bibliothèque chargée, une grosse armoire sûrement prête à imploser, ainsi qu'un lit. Un lit immense mais simple, sans tous ces froufrous où elle avait imaginé une princesse dormir. Une grosse couette épaisse en vrac recouvrait un corps, apparemment adulte, roulé en boule. Eve se remit en mode marche. Elle parcourut la chambre pour ouvrir les rideaux, elle-même presque éblouie par la lumière intense. Un grognement provenant du lit lui arracha un sourire alors que son regard s'émerveillait de la vue sublime sur les jardins. Après quelques instants, elle se tourna vers le lit d'où seulement de très longs cheveux noirs étaient visibles. Avec un raclement de gorge mal à l'aise, la jeune blonde osa demander doucement : - Je…euh…Son…Altesse aura-t-elle besoin de quelque chose ? Eve se maudit de bafouiller comme une gamine alors que la couette bougeait doucement, accompagnées d'un doux rire mélodieux. La princesse se débarrassa brusquement de la couette, sous le regard ébloui d'Eve. Un visage fin et bronzé, de grands yeux d'un bleu profond, devant lesquels plusieurs mèches rebelles s'étaient installées pendant la nuit. Un cou délicat, des épaules gracieuses, une nuisette bleue en soie recouvrant un ventre plat. Une Vénus. - Une nouvelle. Eve referma la bouche dans un léger claquement. Elle déglutit difficilement, ses paupières clignèrent plusieurs fois pour se remettre du choc. Ses yeux s'enfonçaient dans le bleu de ceux de la princesse, qui la contemplait avec un léger sourire. Le silence presque inconscient devint soudain pesant. La servante risqua de le rompre, surprenant la princesse dans ses pensées. - Je m'appelle Eve…votre… Après un silence d'une seconde, la divine princesse se leva d'un bond avec un sourire amusé, apparemment remise de son moment d'absence. Eve sentit encore sa mâchoire se décrocher et ses jambes faiblirent quand ses yeux se posèrent sur le corps le plus parfait qu'elle eût vu dans sa courte vie. Cette simple apparition lui coupait le souffle sous l'afflux de sensations à la fois nouvelles et douloureusement familières. La beauté gracieuse face à elle avait l'air tout à fait ravie de cette distraction matinale. Elle enfila rapidement une chemise de nuit sans pouvoir quitter la blonde des yeux. Celle-ci l'intriguait, son embarras flagrant l'amusait et ses prunelles vertes la flattaient d'un regard fasciné. - Une nouvelle qui ne connaît rien au protocole…je la veux. Eve rougit, bénissant la princesse d'avoir recouvert son corps de déesse, lui permettant ainsi de reprendre ses esprits. - Je suis désolée. De nouveau ce rire mélodieux qui enchantait ses tympans. - Ne le sois pas. Eve ? C'est ça ? La jeune recrue répondit avec un hochement de tête et un sourire mal à l'aise. Comment cette Vénus pouvait-elle s'appeler ? Elle avait forcément déjà entendu son nom quelque part… une beauté à couper le souffle devait forcément avoir fait parler d'elle. Pour ne pas dévorer la princesse des yeux, elle les baissa sur le tapis. Très joli. On ne regarde jamais suffisamment les tapis dans les chambres des somptueuses femmes. Ils pourraient pourtant tant nous apprendre, comme le nom d'une princesse par exemple. Eve scruta le tapis à la recherche de la réponse. Pendant ce temps, la jeune femme de sang royal la détaillait, en se mordillant la lèvre inférieure. Très intense pour une jeune femme aussi intimidée. Elle prit un moment afin d'apprécier le physique plus qu'avantageux d'Eve, tout en essayant de déterminer d'où venait cette étrange impression qui la faisait se sentir si bien. - Dis-moi Eve…vu que tu es si peu renseignée sur toutes ces manières aristocratiques fatigantes…Est-ce que tu connais mon nom ? Le sourire de la magnifique princesse s'agrandit quand l'air paniqué de la blonde répondit pour elle. Elle avait touché le point sensible. Ce fut dans un silence stressant qu'Eve dû réfléchir à toute allure. Il fallait fuir c'était la seule manière de survivre à cette envoûtante princesse. Elle s'inclina légèrement. - Si son Altesse n'a plus besoin moi, je vais me retirer. Et elle s'éclipsa si vite que la princesse n'eut pas le temps de répondre. La jeune femme brune resta un moment à fixer la porte de la chambre avec un léger sourire. - La fuite ne fait que retarder l'inévitable…Eve. Elle laissa ce nom déjà si familier couler sur sa langue avant de se mordre légèrement la lèvre. Eve soupira en trouvant enfin un moment de tranquillité. Les talons en feu, elle lança un regard dégoûté aux tables qui s'étendaient dans le grand salon. Plusieurs heures pour ingurgiter deux ou trois croissants…il fallait être fou…il n'y avait que cette explication. C'est alors que la salle fut prise dans un mouvement général, les membres de la Cour se levèrent dans un raclement de chaises, toutes les têtes tournées vers la porte principale. Intriguée la jeune domestique se pencha pour apercevoir ce qui allait probablement causer sa perte à l'autre bout de la salle. La princesse rayonnait dans une robe pourtant légère et simple. Elle dépassait de loin toutes les femmes de la Cour présentes. Elle était si naturelle, si fraîche…si parfaitement magnifique. Eve se redressa d'un coup en marmonnant. -Me dites pas que je viens de penser ce que je viens de penser… Et bien sûr la jeune femme de haut rang ne trouva rien d'autre à faire que de lui adresser un ravissant petit sourire discret. Hypnotisée, comme bon nombre dans la salle, Eve la contemplait. Perchée sur la pointe des pieds, la princesse embrassa la joue de son père. La domestique quant à elle se mordillait la lèvre en essayant de se décoller de la vision paralysante. Elle parvint finalement à tourner les talons, un peu raide et s'éclipsa rapidement. Après à peine quelques secondes de paix retrouvée dans les cuisines, une légère toux la sortit de ses pensées. Le cœur au bord de la crise cardiaque, elle découvrit la princesse en train de lui sourire. - Mais…qu'…que faites-vous là Majesté…? Vous allez avoir des… - Problèmes ? C'est mon château, j'ai quand même le droit de m'y promener à ma guise…Dis-moi, il te reste des croissants ? Incrédule, Eve essaya de se reprendre mais ça semblait cause perdue et…fuir cette princesse allait être beaucoup plus compliqué que prévu. - Je…il ne fallait pas vous déranger pour ça…Altesse. Je serais venue si… Un rire cristallin l'interrompit. - Je voulais te voir…et comme je me doute que tu ne te serais pas battue avec tes collègues… - Me voir ? - Tu me fais rire. Eve pencha légèrement la tête. - Ah… La divine princesse lui rendit son regard avec son éternel sourire à faire tomber le cœur le plus glacial. La brune détaillait le visage aux traits angéliques. A la fois si…gênée et si sûre d'elle. Si libre. Dieu, si douce, si forte. La nouvelle habitante du château était d'une beauté à couper le souffle tout en gardant un côté légèrement indomptable. Elle était fascinante, attirante, envoûtante. Elles deviendraient amies, la princesse ne pouvait pas voir l'avenir autrement. Après un long moment de silence apaisant que les deux jeunes femmes passèrent à se dévisager, Eve essaya de se reprendre et se dirigea vers les fourneaux. - Je vous apporte vos croissants, Altesse. La princesse l'examina encore un instant puis avec un léger signe de main, elle disparut dans la grande salle. Eve se laissa aller à un soupir tout en s'appuyant contre une table, son corps affaiblit par les émotions que la présence de la divine princesse semblaient lui causer. - Eh Eve, qu'est-ce que tu fais ? Je t'envois aux chambres et cinq minutes plus tard je te vois dans la salle de réception… Dimitri s'approchait d'elle, l'air amusé. La blonde se décala de la table. - Oh euh je dois faire des croissants pour la princesse…et puis… - Des croissants ? Tu sais en faire ? Eve hésita. - Oui…je pense. Le géant partit dans un rire franc, posant une main sur son épaule. - J'pense pas qu'ce soit la peine…il doit en rester dans un coin. Il l'entraîna au travers de la cuisine et ouvrit un grand four. - Tiens regarde. Dimitri sortait déjà les croissants d'une main experte pour les disposer dans un panier. Il le tendit à Eve qui fixa les croissants comme s'ils étaient des démons. - Ça va pas ? La jeune femme soupira en se mordillant la lèvre. - Je pensais que le temps que je trouve comment on en fait elle m'aurait oubliée… Le géant tenta de la rassurer avec un sourire. - Je sais que ça peut être pas mal déstabilisant la première fois mais tu vas vite t'y faire. Eve acquiesça et s'éloigna avec le panier sans un mot. - Tu fais du bon travail, Eve. Mais la jeune femme était trop perturbée par la rencontre pour l'entendre. Rien qu'en entrant dans la salle de réception, la seule chose qu'elle fut capable de voir était la princesse. Elle illuminait toute la pièce. Tous les autres essayaient de s'attirer un peu de sa lumière, comme si elle était le soleil après des semaines de pluies. Bon Dieu…ça existe vraiment les gens aussi parfait ? Eve faillit trébucher quand en l'apercevant, cet astre lui envoya toute sa chaleur dans un sourire, un regard. Une fois près d'elle, la princesse lui fit signe de s'approcher pour pouvoir lui murmurer : - J'ai cru que tu m'avais oubliée… - Désolée pour le retard, Majesté. La Vénus la faucha d'une lueur malicieuse des plus sensuelles. - Je devrais parvenir à te pardonner. L'estomac dans les chaussures, Eve commença à se relever, mais une main extrêmement douce frôla son bras pour venir accrocher son poignet. Son estomac fit le chemin inverse à une rapidité hallucinante, faisant presque imploser sa cage thoracique. Après un rapide coup d'œil prudent vers le roi, la princesse se pencha vers elle et lui fit signe d'approcher. Eve hésita, partagée entre son désir irrationnel face à l'attraction déraisonnée qu'exerçait la princesse sur elle et son instinct de survie menacé par cette même personne. Intéressant comme l'animal pouvait facilement oublier le danger lorsqu'on savait le distraire par des sucreries. Alors Eve s'avança vers sa perte. Elle ferma les yeux en sentant le souffle chaud lui parcourir la nuque, et dans ses frissons manqua presque les mots de la princesse. - Alyssa Katina…enchantée Eve Forreau. Et quand la main si fragile se saisit de la sienne, Eve se maudit de ressentir cette envie, absurde mais incontrôlable de la protéger contre tout. C'était comme si cette idée stupide était inscrite au fer rouge dans son cœur. Elle ne put s'empêcher de scruter les yeux bleus tout proches. Alyssa, prise au dépourvue par ce regard si calme et apaisant, la laissa malgré elle entrapercevoir ses peurs enfouies. Eve crispa les sourcils en voyant la peine de la princesse. Inconsciemment sa main referma doucement son étreinte sur la sienne. Alyssa entrouvrit les lèvres, complètement retournée par le regard que lui lançait une parfaite inconnue. C'était exactement le regard qu'elle avait vu si souvent dans ses rêves. Cette couleur chaude et douce, cette confiance, cette tendresse, cette intensité presque inhumaine. Eve dut rompre le contact qui avait déjà attiré quelques regards. Elle se dégagea doucement de la main de la princesse, qui, encore sous le choc, la regarda s'éloigner sans pouvoir réagir, ressentant déjà le vide, le doute, la peur reprendre leur place. |