What's love

Chapitre 19




 

"Aller où ?"

 

"Chez toi. On a réussi à sortir toutes les deux, on peut bien arriver à entrer à nouveau sans se faire repérer" proposa Yulia.

 

"Ok. On peut tenter le coup"

 

Je me lève en premier, puis je lui tends la main pour l'aider à se relever sans trop forcer sur ses jambes.

 

"Merci"

 

"Appuie-toi sur moi. De toute façon, il fait noir et il n'y a personne dans le coin alors autant y aller doucement"

 

Je passe mon bras autour de sa taille pendant qu'elle s'appuie sur mes épaules. Doucement, nous avançons à travers les champs avant d'arriver au village.

 

"Ok. Maintenant, dis-moi par où tu es passée la première fois quand tu es entrée chez moi"

 

Yulia lâche mes épaules et me prend la main pour me guider vers quelques ruelles. Je n'avais jamais pensé à ce chemin. En même temps, les ruelles sont étroites et sombres, je ne viendrais pas ici seule en pleine nuit, surtout après l'épisode terrifiant de la forêt.

 

De loin, j'aperçois mon loft, un peu à l'écart. En passant par le jardin, il est possible de se cacher un moment derrière le cabanon, puis il y a une grosse place sombre jusqu'à la fenêtre de la cave.

 

On y arrive rapidement et sans encombre. Du jardin, je regarde la rue. La voiture de patrouille est toujours là et un flic est posté devant la maison.

 

"Il faut faire très attention" me chuchote-t-elle.

 

On avance prudemment vers la fenêtre, encore ouverte de la cave. C'est bizarre. S'ils patrouillent autour de la maison, comment n'ont-ils pas remarqué la fenêtre ouverte ?

 

Je me glisse rapidement dans la cave et j'aide Yulia à sauter de la petite hauteur. Elle se retrouve dans mes bras, face à moi. Son visage sérieux se transforme et elle me fait son plus beau sourire, celui qui me fait fondre. Il fait noir total, mais je vois ses yeux bleus pénétrer les miens. Je ne peux m'empêcher de lui sourire.

 

On reste comme ça quelques longues minutes. J'avoue, là, j'ai envie de l'embrasser. Mais ce n'est pas le moment. Je lève les yeux pour sortir mon regard du sien.

 

"Il faut refermer la fenêtre, on ne sait jamais" je lui dis en me détachant de ses bras.

 

Je reviens rapidement vers elle et on avance dans le noir jusque dans ma chambre. Pas question d'allumer les lampes, ils doivent penser que je dors encore.

 

Quand on arrive dans la chambre, j'aide Yulia à se mettre sur le lit. Mes yeux tombent sur mon radio réveil qui indique 3h17. C'est au moment où mon cerveau reçoit cette information que je sens la fatigue s'abattre sur moi. C'est fou. L'adrénaline m'avait tenue éveillée sans même une seconde de fatigue et là, je m'écroulerais bien.

 

Mais ce n'est pas encore le moment.

 

"Enlève ton pantalon" je lance à mon amie.

 

Yulia me regarde avec un grand sourire.

 

"Alors là, je ne te connaissais pas comme ça, Lena" me dit-elle avec son air outré.

 

"Je vais regarder tes jambes, andouille" dis-je en riant.

 

"Tu es fétichiste des jambes maintenant ?" répond-elle tout en retirant son jeans.

 

Je la rejoins sur le lit. Elle se couche sur le ventre et je découvre deux énormes traces rouges sur ses deux jambes. Il a dû frapper comme un malade pour laisser des marques pareilles.

 

"Je vais chercher la pommade pour les hématomes dans la salle de bain. Mais c'est super gonflé et rouge. Ca va te faire mal pendant des semaines"

 

Sans la laisser répondre, je vais dans la salle de bain. J'allume la petite lampe au-dessus du lavabo, on ne la voit pas de la chambre alors dehors, ils ne pourront pas savoir. Je trouve le bon tube et retourne auprès de Yulia.

 

Après avoir mis doucement la crème, elle se retourne. Je m'allonge près d'elle, la tête sur son bras.

 

"Je suis épuisée" je lui dis en soupirant.

 

"Tu m'étonnes. Dors un peu, je resterai réveillée pour surveiller"

 

Je me retourne sur le côté, face à elle et monte ma tête jusqu'au creux de son épaule.

 

"Je ne pourrais pas dormir"

 

Elle m'enlace. Que j'aime cette sensation de protection et d'appartenance. Oui, je sais, je suis contradictoire. Je dis que je l'aime, que je suis si bien près d'elle, que j'aime être sa muse et pourtant, je ne veux pas céder à cette pulsion, cette envie d'elle, de son corps, de nous deux. Pourquoi ? Je n'en sais absolument rien. C'est comme si deux esprits se battaient en moi. Un coup, j'ai envie d'elle et la minute après, je la repousse. C'est de ça dont elle parlait dans la forêt, ce besoin de la séduire pour mieux la repousser ensuite. D'un côté, je sais que ça lui fait mal, mais je n'y peux rien. J'ai besoin qu'elle ne soit qu'à moi, mais je n'ai pas envie de m'abandonner à elle.

 

Elle m'embrasse sur le front et mes sens se décuplent, comme à chaque fois qu'elle me touche, qu'elle me regarde, qu'elle me parle de sa voix sensuelle. Elle va me faire perdre pieds. Faites qu'elle décolle rapidement ses lèvres de mon front.

 

"J'ai vraiment eu peur dans la forêt" je lance pour amener une conversation.

 

"Oh moi aussi. Crois-moi. J'ai cru qu'on n'allait pas s'en sortir"

 

"Heureusement que tu as réussi à l'assommer un bon coup"

 

"Oui. Je suppose que la peur qu'il te fasse du mal a aidé"

 

Je lève les yeux vers elle. Erreur fatale. Nos regards se fixent à nouveau l'un dans l'autre.

 

"Tu as vraiment fait tout ça pour me rendre jalouse ?"

 

"Oui" me dit-elle avec sa petite voix de gamine qui a fait une grosse bêtise.

 

"Tu es folle. Tu sais que je suis hyper jalouse quand quelqu'un t'approche. Pourquoi as-tu encore besoin de preuves ?"

 

"Parce que j'ai envie qu'on se remette ensemble"

 

J'ai envie aussi. Mais j'ai pas envie. C'était si bien quand on était en couple. Et ça pourrait encore être merveilleux. Qu'est-ce qui me retient alors ?

 

Je bouge pour me mettre à son niveau. J'avance doucement vers elle et pose mes lèvres sur les siennes. Tant pis. J'ai envie de la sentir. Notre baiser s'intensifie et ses mains viennent trouver ma peau sous mon tee-shirt. Je sens ma peau frissonner. J'ai la chair de poule. Mauvais signe. Très mauvais signe.

 

Je ferme les yeux et finis par m'abandonner à ses caresses et sa langue envoûtante qui frôle la mienne avant de descendre dans mon cou.

 

Elle me fait l'amour comme autrefois et j'ai l'impression d'être possédée de tout mon être. Je n'aime pas cette sensation de ne pas contrôler mais avec elle, je veux bien me laisser faire.

 

Il est 4h54 quand je regarde l'heure pour la dernière fois avant de fermer les yeux. Les orgasmes ont été si foudroyants que j'ai l'impression que mon corps entier flotte dans un pays imaginaire. Je m'empresse de m'endormir pour rejoindre ma douce amante dans ce moment d'extase. De toute façon, il ne peut rien nous arriver alors autant dormir, me dis-je en me blottissant contre son corps nu.

 

Nous dormons si profondément qu'aucune de nous n'entend les toquements à la porte puis les pas dans l'escalier.

 

C'est seulement quand la porte s'ouvre que j'ouvre les yeux, surprise par cette intrusion pour découvrir le père de Yulia qui nous fixe. Je recouvre automatiquement nos corps pour cacher notre nudité qu'il a dû remarquer, vu sa tête.







Depuis le 28/07/2009